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Album
18/07/2019

Delany

Mission Creep

Label : Autoproduction
Genre : rock
Date de sortie : 2018/11
Note : 75%
Posté par : Emmanuël Hennequin

Peut-être y avait-il une forme de second degré nichée dans l’expression What Starts, Ends, titre du premier album de Rubicon : un projet éphémère (deux albums studio) ayant associé l’intégralité des musiciens de la première mouture de Fields Of The Nephilim au chanteur Andy Delany. Andy : homme devenu providentiel après la dissolution du groupe culte consécutive au départ du chapeau morriconien de Carl McCoy. La musique de Fields était en train de devenir immense : l’album Elizium (1990) avait mis le groupe sur orbite et est certainement resté l’un des plus grands disques du genre gothique. Il resta le point culminant d’un parcours, une apothéose. Et McCoy partit se réinventer au sein de The Nefilim. Whats explodes, dies.
 
Revenir n’est pas toujours simple. L’aventure Rubicon n’aura que peu duré, à l’instar des premières expériences en groupe d’Andy (1982 - 1987). Remettre le couvert pour ce nouvel album n’a pas non plus été facile : un hiatus prolongé après Rubicon, ajouté à des soucis de santé qui, à l'approche de nouvelles concrétisations, ont repoussé maintes fois l’échéance de la sortie de Mission Creep – mais cette fois, nous y sommes : le groupe actuel de Delany comprend en studio Andy J Davies (multi-instrumentiste en charge des guitares, basses et claviers) et le batteur Pat Walters. Des noms issus de l’époque Rubicon refont aussi surface dans l’histoire récente de l’activité d’Andy : Peter Yates (ex-Fields Of The Nephilim) commet des guitares sur "Bleed me dry" et "N.C.F.O.M.". Il a pu arriver aussi qu’apparaisse sur scène (notamment pour le show de la release party du 30 novembre 2018 à Londres) un certain Tony Pettitt, cofondateur et bassiste historique de FOTN, lui-même ex-Rubicon.

Mission Creep, en tout ou presque, est un disque cohérent.
La forme, les structures sont de facture classique. Le groupe est en place et l’écriture assez resserrée, quoique nombre de formats dépassent les cinq voire six minutes. Le léger éraillement de la voix ramène forcément au souvenir de Rubicon, quoique le chant paraisse plus géré aujourd’hui, maîtrisé. Ce constat posé, Andy n’essaie pas frontalement de reproduire les ambiances propres à What Starts, Ends. Du temps de Rubicon, il n’avait pas ce recul, n’était pas dans cette gestion-là. La foudre parlait, au risque du débordement : la voix en faisait parfois trop, à manger l’espace plutôt qu'à toujours se cadrer. Andy, faut-il le rappeler, avait les cheveux longs en 1992. Depuis, le sel a mis son grain.
 
De débordement, il n’est point question sur Mission Creep : l’énergie est là, contenue. La voix est à sa place, et ses mélodies impactent sensiblement plus qu’au début des années 1990. Flagrant, notamment en comparaison d’un Room 101, second opus de Rubicon (1995) où Delany semblait chercher sa place autant que le groupe se cherchait lui-même. Au bilan, artistiquement, la métallisation a davantage réussi à McCoy.
Mais la qualité du chant sur Mission Creep doit aussi et sans aucun doute quelque chose à d’autres choix : celui notamment de baisser la tonalité de la plupart des titres par rapport aux prises originelles, ce qui obligea Andy à refaire. L’histoire de l’enregistrement est dans le livret – une histoire de désir et d’ambition à méditer et surtout, à respecter.

Mission Creep
, au bilan, est un disque tout sauf extrême. On a le coup de cœur pour les mid-tempi aux relents héroïques ("Mission Creep", "Oceans Rise", "Hide") par préférence à quelques ballades crooneuses : "All Change" par exemple, qui un brin académique, garde au moins le mérite d’instaurer une pause dans cette collection. La respiration est d’ailleurs ce qui caractérisera sa globalité. Ne s’installe jamais le sentiment qu’il y aurait trop de choses. Le son, en outre, est assez brillant pour une production assurée en autonomie. Un son plus classique que celui du premier Rubicon, resté finalement assez spécifique, mais une force intérieure et propre à Mission Creep demeure.
Ne jamais renoncer à exister, c’est la leçon. Voici le fruit d’un nouveau combat, comme un acte de survie. Un acte d’une accessibilité supérieure mais d’une nature et d'une symbolique similaires, finalement, à celles de What Starts, Ends.

Tracklist
  • 01. Mission Creep
  • 02. Bleed Me Dry
  • 03. N.C.F.O.M.
  • 04. They are us
  • 05. All Change
  • 06. No Need
  • 07. Down
  • 08. Bad Feelings
  • 09. Scars
  • 10. Oceans Rise
  • 11. Hide