Béatrice Valantin et Aret Madilian, cofondateurs du groupe Deleyaman, pilotent en son nom un projet associant musique et voix pour un hommage au poète et résistant Paul Eluard. Deux performances live cosignées Deleyaman + Fanny Ardant + Jean-Jacques Burnel (The Stranglers) auront donc lieu les 15 et 16 avril 2026 à la Maison de la Poésie (Paris, 75 003) et aujourd’hui, les deux musiciens nous font entrer dans le processus de travail avec les fameuses voix invitées. Un moment de direction artistique et de partage par les mots et le son, pour un rendu final visant force émotionnelle et écho à une poésie contrastée et intemporelle.
Obsküre : Fin du XIXème, milieu du XXème : naissance et mort de Paul Eluard. Comment le poète surgit-il dans ta vie, Aret ? Quelle place y a-t-il occupée ?
Aret Madilian : Il y a d’abord un nom que je connais, évidemment. Quand je suis arrivé en France, j'ai essayé de m’acculturer. Ça m'intéressait beaucoup, toutes ces choses-là... Éluard était à peu près à la même place que Camus, de Nerval. Pas de hiérarchie. Mais Éluard est venu d'une manière inattendue. Quand nous avons fabriqué l'album de 2016, The Lover, The Stars & The Citadel, Béatrice avait repris un poème d'Éluard, L'Amoureuse, qu'on avait mis en musique. Nous l’avons préparé tout au long de l’année. Comme d'habitude, nous prenons du temps pour faire des albums. Quand le temps est venu pour entrer dans les détails des crédits, je me suis rendu compte qu'elle avait pris un poème qui n'était pas dans le domaine public. Je me suis dit : nous ne pouvons pas l'utiliser dans l'album, sauf si nous obtenons l'autorisation, soit par Gallimard, soit par la famille de Paul Eluard. Béatrice et moi tenions beaucoup à ce morceau, c'était la clôture de l’album. Nous avons entrepris des recherches et sommes tombés sur une galerie d'art, tenue par une certaine Claire Sarti. Claire s’est avérée être la petite-fille de Paul Éluard et de Gala. Gala était la femme d’Éluard, avant Dali. C'est cette lignée-là : Éluard a eu une fille avec Gala, Cécile Éluard, dont la fille est Claire. Nous l’avons contactée. À ce moment-là, j'ai eu une assistante de la galerie qui m'a demandé de lui envoyer le morceau. La famille a autorisé moralement la reprise mais en me demandant de passer par Gallimard – et Gallimard l'a autorisé. Par la suite, Claire Sarti s’est retrouvée dans le public quand nous avons fait un concert en 2023 avec Fanny Ardant, autour de la lecture d'essais de Stig Dagermann, l'écrivain suédois. Et à partir de là, elle nous a appelés et nous a invités chez elle. En substance, elle nous dit alors : "J'ai beaucoup aimé ce que vous avez fait avec ce projet, est-ce que ça vous dirait de faire la même chose avec l'œuvre d'Éluard, qui est beaucoup moins connue ?" Ce qu'elle disait, pour le résumer, c’est que l'œuvre connue, c'est plus les poèmes d'amour ou sentimentaux, que le côté subversif, le côté plus sombre. Ce dernier n'était pas souvent mis en avant. Probablement du fait de l’implication d’Eluard dans le communisme à l'époque, ce qui le fait entrer dans plus de secret aujourd’hui. En France comme dans nombre de pays, la sensibilité de gauche est une cible critique. Mais je pense qu'il y a probablement une autre raison : parce que tous les poèmes subversifs évoquent beaucoup de dimensions universelles, comme la fraternité, l'humanité, l'humanisme, etc. Par conséquent, cette idée d'aller vers les poèmes plus subversifs m'a beaucoup attiré. Il fallait faire un choix, parce que l’œuvre est vaste, et c'est à ce moment-là que j’ai pensé à Jean-Jacques Burnel, des Stranglers. Parce que je me disais que même si Claire voulait voir Fanny Ardant dans le projet, il serait intéressant de trouver un équilibre entre cette voix lyrique et plus poétique de Fanny, avec la voix très terre-à-terre, très "du quotidien", et plus dark, de Jean-Jacques. Eluard est ainsi entré dans ma vie de façon marquante.
Sur le plan créatif, comment travaillez-vous avec Fanny Ardant et Jean-Jacques Burnel sur l'interaction voix/groupe ? Comment ça marche ?
Aret : Au départ, Béatrice a fait un choix de poèmes au sein de l'œuvre Poésie ininterrompue. L'idée d’origine, c'était que la Poésie ininterrompue serait représentée par une voix, qui serait celle de Fanny, et que les réponses à ces fragments de Poésie ininterrompue seraient assurées par Jean-Jacques, parmi les poésies choisies d'une manière intuitive à travers toute son œuvre, au-delà de la Poésie ininterrompue. Je crée la trame des concerts. Les choix de poèmes, d’à peu près une dizaine pour chaque intervenant, sont définis. Nous avons déjà fait une rencontre avec Jean-Jacques et Fanny à Paris. Béatrice et moi supervisons la musique qui va accompagner ces poèmes en fonction de leur cohérence, soit de contenu lyrique, soit d'atmosphère musicale, et souvent les deux. Ainsi, Fanny et Jean-Jacques interviennent en juxtaposition sans cesse à travers un concert, très musical finalement, soit sur les intros, soit les outros. Parfois néanmoins, les moments centraux d'un morceau ont créé un espace pour que ces poèmes puissent y exister.
Par exemple, tu prends un morceau dans lequel on imagine qu'il y a un chorus avec des paroles, l'arrangement tel que je fais en ce moment avec Béatrice, on décide, on va assurer toute la musicalité jusque là, mais nous ôtons notre chorus habituel, créons un espace, et y proposons ce poème-là, parce que cette musicalité et le contenu de ce poème résonnent ensemble. Après, il y a bien sûr une recherche de logique, de montée, une dynamique du concert, une montée, une descente, pour en finir avec un poème et une musique qui ont du sens. A l’heure où nous nous parlons (NDLR : mi-février 2026), Fanny et Jean-Jacques n'ont pas encore entendu la musique qui va accompagner leurs lectures. Si je retiens un accompagnement très léger en mode piano, comme des gouttelettes d'eau, Fanny adoptera une posture beaucoup plus dans le calme, mais si je lui mets une percussion derrière avec des toms, cela changera la donne. Les décisions finales impliquent de la discussion. Initialement, j'ai voulu absolument la voix de Fanny, très particulière comme tu le sais. Je suis allé chez elle, nous avons déjà travaillé, enregistré tous les poèmes qu'elle va lire, avec un micro sur une table, qui me donne une bonne idée de l'atmosphère déjà. Et Jean-Jacques, pareil : chaque fois qu'il se sent à l'aise avec sa lecture, il m'envoie un poème dans la semaine pour que je puisse l'intégrer aussi à cette trame.
Dans la forme finale de la performance, vous ne vous dirigez pas vers une approche chronologique des écritures d’Eluard avec Fanny Ardant et Jean-Jacques Burnel. Mais et-ce un choix qui a pu vous effleurer ?
Non. À vrai dire, Claire, la petite-fille d’Eluard, nous a donné une telle liberté… Nous pouvions choisir parmi tous les poèmes que nous pensions être les plus "musicaux". Il y a bien eu débat, entre Béatrice et moi surtout, parce qu'il fallait bien avoir une logique qui donne corps à l’ensemble. Soit nous partions, comme tu le suggères, avec une chronologie de la vie d’Eluard, un "historique" d’une certaine manière, soit nous retenions un thème un peu plus énigmatique, musical et littéraire, et ne nous cantonnions pas à une musique du seul ressort de l’accompagnement. En d’autres termes : dans notre approche, la musique a autant d'importance que la poésie. Et nous, nous avons envie, vraiment, de créer une totalité qui tienne comme un album.
Béatrice : J'ai la Pléiade d’Eluard, 2 tomes. Si tu veux faire une chronologie, de toute façon tu ne peux pas être fidèle car de tout petits fragments ne te donnent pas idée de l'ensemble. Nous avons donc décidé de garder l'esprit plutôt que de retenir une forme de chronologie. En quoi tout cela nous parle-t-il aujourd'hui ? Ma visée, quand Éluard dit qu'un poète est un homme parmi les hommes, est de traduire en quoi son humanité est toujours d'actualité aujourd'hui. En quoi son œuvre résonne toujours pour nous, en quoi on peut s'identifier. Et ça c'est le thème de fond, dans la forme poétique : Éluard, c'est tellement reconnaissable… mais pour la structure de ce que nous faisons aujourd’hui, nous nous disions : on va prendre des choses qui nous parlent à nous maintenant, embrasser la subjectivité en faisant confiance à ce qu'il y a d'universel chez Éluard et qui va parler à tout le monde. C'est donc en embrassant cette subjectivité que nous y sommes allés avec de l'intuition et aussi, je pense, sous la forte influence du climat lié à tout ce qui se passe en ce moment, ce changement brutal du monde. Je me suis dit : il y a deux choses très importantes. L'une est se servir de la base de la Poésie ininterrompue qu'il a écrite en 1946. Elle est un début. Elle vient juste après la guerre mais elle est la somme de toute son expérience, de ce qu'il a traversé pendant la guerre d'un point de vue artistique mais aussi d'un point de vue humain. Je pense aussi que cette matière parle de sa dimension de "résistant". La deuxième partie de Poésie ininterrompue, elle, a été publiée juste après sa mort. C'est comme si c'était le flot de tout ce qu'il a traversé comme une clôture de quelque chose d’important : toute cette période jusqu'à la deuxième guerre mondiale, puis la clôture d'une vie. Et je pense que là, il y a vraiment l'essence de son message. Ça a été la base, la trame de fond. Dans cette trame, nous avons voulu faire des petites capsules poétiques, par un choix de fragments que nous trouvons essentiels et qui sont comme l'exploration plus précise, un focus sur un point évoqué dans ces poèmes.
Dans d’anciens documentaires, et notamment le portrait souvenir https://www.youtube.com/watch?v=NxN_DGl7mwk&t=39s diffusé sur la RTF en 1964, il est évoqué la "transparence" du verbe d'Éluard. Or les niveaux de lecture sont multiples face à une œuvre comme la sienne. Cette transparence, est-ce que c'est quelque chose qui vous guide pour l'approche instrumentale ? Vouliez-vous entrer dans une forme d'épure, d'évidence qui permet de faire surgir le texte dans sa dimension à la fois brute et multi-niveaux ?
Aret : Oui, c'est ça. Ce n'est pas très loin de ce moment de la création de textes pour un morceau mais au lieu d'écrire à partir de zéro, nous prenons un texte qui est là, nous travaillons à son insertion dans la trame musicale et il va influencer l'atmosphère générale de notre instrumentation. Le choix fait avec Béatrice en janvier dernier était de mettre ses poèmes vraiment à plat puis nous prenions notre discographie pour chercher des correspondances texte/musique. Et nous voyions tout de suite quel morceau ne marchait absolument pas ou quel morceau le faisait immédiatement. C'est presque magique. Même pas besoin de parler : nous nous regardions, nous nous disions : "c'est ça". Un seul morceau a changé par rapport à nos choix initiaux. Nous avons même intégré trois morceaux qui ne sont pas encore présents dans la discographie parce que, comme Béatrice le disait, ils étaient écrits dans cet état d'esprit d'aujourd'hui. Moi je suis dans la recherche de l'atmosphère juste, pas forcément quelque chose de "mental" ou d’"intellectuel". Je ne me demande pas ce qui constitue exactement le message, non – je me dis : si j'étais dans l'auditoire et que je reçois ça, eh bien je veux m'évader, sortir de moi, je ne veux pas être en intériorité, en analyse de la chose. Je veux que ça m'amène ailleurs. Et cet ailleurs là, Ne pas être français à l’origine est peut-être une raison qui joue sur mon état d’esprit. Si j'étais français, peut-être que je prêterais une attention plus soutenue au côté littéraire de la chose. Mais je prête une particulière attention à la musicalité. En fait, la poésie est très musicale et je crois, en définitive, que nous n’avons pas vraiment réfléchi, que nous avons davantage suivi nos instincts. Ce qui m'a le plus frappé, et que je tire de cette expérience, c'est de réaliser à quel point la poésie est protéiforme. Aujourd’hui, deux univers se rencontrent : un de musique, un de poésie. C'est tellement incroyable de se dire que notre musique résonne complètement avec un poème écrit il y a si longtemps…
Mais au fond Béatrice, pourquoi Eluard ? Pourquoi "L'Amoureuse" ? Pourquoi la poésie et y a-t-il une volonté consciente, voire un projet d'aller vers ce répertoire et ce style à travers Deleyaman ?
Béatrice : Je pense la poésie indissociable de l'histoire du groupe. Dans les deux premiers albums, où nous chantons entièrement en arménien, nous avons choisi des poèmes d’Anatolie, certains connus, d’autres issus des chansons traditionnelles, des ménestrels. Puis Aret à commencé à chanter en anglais. Il a écrit nos textes et à choisi des poèmes dans un recueil qu'il a toujours gardé avec lui : Ralph Waldo Emerson, Edgar Poe, Hart Crane, Emily Brontë. Puis nous avons introduit le français avec Verlaine, de Nerval, de Banville et Eluard avec "L'Amoureuse" et quelques textes que j'ai écrits. Il y a eu aussi avec nous les mystiques : Tagore et Khalil Gibran. Nous écrivons surtout nos textes et il ne s'agit pas de faire un catalogue de poésies chantées. Néanmoins, je pense qu'il y a des familles d’artistes qui se reconnaissent et s'inspirent à travers les siècles, les lieux, les cultures et que lorsque nous reconnaissons l’un des nôtres parmi ces poètes, ces écrivains, ces mystiques, ces penseurs, nous avons envie de partager avec leur mots des impressions, des questions existentielles qui sont celles de tous les humains. Cela nous permet de transcender les frontières et les époques, de toucher à l'universalité du point de vue de la création. Personnellement j'ai connu Eluard lorsque j'étais très jeune et ça a été un coup de foudre intellectuel et affectif. J'aime sa manière de dire l'essentiel avec des mots très simples, les mots de tous les jours et sa sincérité. Mais nous savons tous que l'essentiel et la simplicité sont la forme purifiée, aboutie de la complexité. Et c'est un art très maîtrisé. Le prochain album de Deleyaman sera dans cette continuité, mais comme à chaque fois, par touches. Je reprends un poète francophone que je n'ai jamais chanté et je m’aperçois combien une langue, un phrasé est musical et influence mes compositions et ma manière de chanter. Je crois que nous sommes attentifs à toujours nous renouveler, nous sommes toujours en ébullition lorsqu'il s'agit de créer et nous aimons expérimenter sans a priori et voir ou cela va nous mener. Cependant je constate que c'est plus dans l'après-coup que nous réfléchissons à ce que nous avons fait en écoutant le résultat. Nous sommes plus intuitifs et "impressionnistes" que conceptuels, bien que rien ne soit laissé au hasard quand il s'agit de réalisation. Cela est lié, je crois, à notre amour de la liberté créative et la volonté d'indépendance.
Dans ce que vous ressentez de l'œuvre d'Éluard, qu’est-ce vous fait penser à une connexion naturelle, d’un côté, entre ce que vous préparez et, de l’autre, les personnes de Jean-Jacques Burnel et Fanny Ardant ?
Aret : Fanny, nous avions travaillé avec elle et aujourd’hui, ce sera la quatrième fois. Nous avons fait trois concerts lecture avec elle depuis 2021 et nous sommes devenus amis depuis qu'elle nous a demandé d'utiliser deux morceaux pour la bande originale de l’un de ses films (NDLR : Le Divan de Staline, 2017). Tu sais, il y a plein de gens qui ne se rencontrent jamais. Ils sont sur un projet, quelqu'un fait la musique, l'autre fait le truc. Nous, nous nous sommes rencontrés une fois et d'un seul coup, naturellement, ça a donné autre chose. Parce que nous nous entendions très bien et que c'est quelqu'un de particulièrement proche de la façon de penser que nous avons sur le monde, à quelques détails près. Fanny est quelqu’un avec qui, en définitive, il nous est très facile de travailler – et j'aime penser que c'est pareil pour elle. De fait, pour moi, elle était déjà une évidence : si nous allions vers un projet poétique, ce serait avec elle. Après, il y a Maruschka Detmers, excellente aussi et avec laquelle nous travaillons de même. Mais la petite-fille d’Eluard tenait absolument à la présence de Fanny à ce projet, elle nous a dit qu'elle y pensait depuis des années, depuis qu’elle avait vu ce concert que nous avions donné ensemble en 2023. Et moi, je savais Fanny pouvoir exceller pour cette lecture. Mais quand elle nous a parlé de "subversion",là, ça a été décisif... 
Quant à Jean-Jacques, tu sais, j’ai été un grand fan des Stranglers depuis l'âge de 18 ans. Je connais toute leur œuvre. Je dirais même qu'ils sont probablement l’un des premiers groupes dont je sois devenu fan. Fan dans le sens profond du terme, pas au sens adolescent. Et j'aimais particulièrement, justement, l'apport de Jean-Jacques en tant que personne d'origine française, dans un groupe britannique. Mais tout son regard français, littéraire, cette génétique que l’on retrouve dans des morceaux comme "La Folie", comme "N'emmène pas Harry", ou dans l'album solo Euroman Cometh, toutes ces choses-là me montraient à l'époque, déjà, qu'il avait une vision artistique cachée derrière le côté punk, bad boy. D'ailleurs, quand je discute avec Jean-Jacques aujourd'hui, il m’apparaît très clair et net que The Stranglers a toujours été un groupe qui pensait sa musique. D'accord, nous avions 18 ans, pas assez de connaissances ou d'expériences pour savoir d'où ça venait. Donc on a dit : "c'est juste la colère, c'est le punk". Mais il y avait beaucoup de travail derrière tout ça. Des gens comme Wire, Magazine, The Stranglers, pensaient leur musique. Ce n'était pas juste de la "colère". Il y avait de l’intellect là-dedans, autour aussi. Du coup, je pense que les côtés dada et surréel étaient très présents chez The Stranglers. Surtout le côté dada. Dans mes discussions avec Jean-Jacques, nous avons touché ça, légèrement. Je pense que leur façon de provoquer le monde, à l'époque, suit un chemin comparable à celui des surréalistes, des dada. Ils rentraient dans une pièce de théâtre en disant : "c'est de la merde". Ce genre de critique, ce genre de provocation a toujours fait partie de l'art, ça n'a pas commencé avec le punk.
Votre son est dans un velours, un feutre qui ne renvoie pas au punk, mais... il en est autrement de l'esprit, n'est-ce pas ?
Moi, je me considère aussi dans l'esprit d'un enfant de l’esprit punk, le côté do it yourself. Ce n'est pas forcément les deux accords, mais c'est surtout cette idée de se dire que nous sommes capables de faire de la musique même si nous n’avons pas reçu d’éducation musicale à proprement parler. Jean-Jacques était quelqu'un avec qui je voulais donc travailler depuis longtemps, mais il n'y avait pas d'opportunité. Et cette chose-là, d'un seul coup, est tombée de nulle part. Bon, il nous avait envoyé un petit mot, il y a quelques années, après avoir vu ce que nous avions fait avec Fanny, qui nous disait à quel point il avait aimé ce que nous étions en train de faire avec Fanny sur scène. Et nous échangions de temps en temps. Quand cette nouvelle idée est venue, je lui ai écrit en disant : qu'est-ce que tu en penses ? Il y avait un risque, parce que je ne savais pas si une complicité naîtrait entre Fanny et Jean-Jacques. Et dès la première rencontre, cette complicité s’est produite. Je l’ai vue, moi, et je pense qu'ils s'apprécient beaucoup. Nous allons quand même passer deux soirées sur scène ensemble, c'est intime ce genre de choses. Je veux aussi, et absolument, citer une autre personne en plus de Maruschka et de nos partenaires d’aujourd’hui : Tchéky Karyo. Tchéky (NDLR : disparu le 31 octobre 2025) était très partant aussi. J'ai passé une superbe soirée avec lui, mais je ne pensais pas que ce serait l’un ou l'autre. Je pensais que c'était les deux. Comme Fanny et Jean-Jacques vont partir dans les tournées, chacun de leur côté, l'idée partagée avec Claire Eluard, qui voulait aller plus loin avec ce projet, était de continuer avec d'autres personnes aussi, avec qui on peut poursuivre la même chose. Mon idée était, concernant les parties de Béatrice, de ne pas utiliser les mêmes poèmes pour que personne n'ait l'impression de remplacer l'autre. Et pour les gens qui avaient envie de voir la performance une deuxième fois, de ne pas être dans une espèce de rediffusion, de répétitivité. Nous aurions donc gardé la base de ce que nous faisons aujourd’hui, en la modifiant. Nous verrons.