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Album
14/09/2026

Emma Ruth Rundle

These Killing Times

Label : Errant Child
Genre : folk / noise rock
Date de sortie : 2026/09/18
Photographie : Kristin Cofer (2026)
Note : 66%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Vraiment pas facile pour la génération de rockeuses nées dans les années 1980. Des femmes fortes les ont précédées : Courtney Love et son Hole, PJ Harvey, Brody Dalle des Distillers, Karen O des Yeah Yeah Yeahs, Justine d'Elastica... Il a fallu sortir du lot, oser s'inscrire dans une histoire et offrir une personnalité singulière. Zola Jesus l'a fait (après des débuts très Siouxsie), Chelsea Wolfe... De notre côté, on aime aussi beaucoup Shannon Wright. Et puis il y a les anciennes qui ne lâchent rien, comme Kate Bush qui, sans rien faire, est revenue sur le devant des écoutes grâce à Stranger Things, ou comme Patti Smith, Brigitte Fontaine.

Emma Ruth Rundle, j'avais déjà croisé son nom des dizaines de fois, mais vous savez ce que c'est : il y a tant de nouveautés, et puis il y a ces anciennes qu'on n'arrête jamais d'écouter, Nina, Nico, Lydia, Marianne, Jarboe, Gitane, Anja... Un nouveau disque, son sixième, c'est donc l'occasion de prendre le temps et surtout de prendre le train en marche. Découvrir qui elle est et en quoi elle parle aux fans de musique.

Pourquoi cette longue introduction axée sur le genre ? Parce que, encore et toujours, être une "rockeuse", reste un fait marginal (Doris, de Dickybird, confirmera sans doute) et le public, tant féminin que masculin attend de ces artistes bien plus que ce qu'il projette sur un énième groupe de mecs. Une mère, une déesse, un modèle, une pythie, et j'en passe des fantasmes moins reluisants ! 

J'ai envie de dire que ce travail est mâché pour les artistes des sphères electro-coldwave (j'y reviendrai dans une prochaine chronique). C'est une pression, dont certaines parlent dans le numéro 2 du mook Ritvel, du point de vue des "Femmes du metal extrême" (dossier).

Emma Ruth Rundle, elle, s'inscrit dans un registre qu'on qualifiera rapidement de folk-rock, mais sur ce disque, les rugissements sont des moments importants. "Enough" sous une trame délicate, se fait orage, tornade avant de revenir à son fond de balade. Je suis séduit par la façon dont la voix monte dans les hauteurs en gardant du charme. Cinq ans qu'Emma n'avait pas sorti de long format et c'est aussi étonnant que sa longue maturation avant de se lancer en solo.

Emma n'est pas toute jeune et il s'en est fallu de peu qu'elle soit de cette génération des "chanteuses nées AVANT 1980" (elle est née en 1983, mais ne sort son premier disque qu'en 2011). Sa voix, légèrement éraillée, est capable de chuchoter, vociférer, râler, toujours en conservant intacte l'attache au corps ; c'est un chant puissant, viscéral, même dans la douceur ("God's Picture"). Les arrangements sont multiples, bien plus que ce que j'ai lu du précédent disque, plus "dépouillé". C'est du côté de "Don't delay Heaven" qu'on trouve les climats les plus sereins : la voix se fait fluette, maniérée sur un fond dominé par la guitare acoustique. Comme pour les autres titres, l'apparent minimalisme camoufle des samples, une batterie frottée, du piano, une guitare soliste discrète en soutien au piano (ou bien la basse de Troy Zeigler ?). Ils sont douze à avoir rejoint le trio pour donner du violon, du violoncelle, du saxophone, des voix supplémentaires...

Je tique sur le quatrième titre, dont le nom est emprunté à un groupe de rock anglais des années 1990 : Catherine Wheel. Des breaks noisy ingénieux avant le retour des couplets, mais pas de musicien invité issu du combo. Il faut donc y chercher à la fois le feu d'artifice qui tourne en soleil et l'instrument de torture médiéval. D'où ces incartades en spirale qui reviennent et mettent le feu au titre.

En dépit de cette ribambelle de participants dont je vous épargne le name-dropping (Ah si, Marissa Nadler est invitée sur "Oceans of Time", un poil sirupeux pour moi), l'album sonne homogène. Il a ses moments de colère, ses apaisements. C'est plus dans les premiers que je trouve mon compte. La captation et le mixage sont de premier ordre ; ainsi "Human Kindness" garde une voix dans le murmure, alors que se déploient de nombreuses couches et pistes sonores, sans perdre ni en netteté, ni en harmonie ; on est sur un titre basé sur l'alternance de deux notes répétées, sur lesquelles la composition construit son ramage.

En fin de compte, pour le néophyte que je suis, Emma Ruth Rundle offre un album sympathique, avec des moments qui me plaisent. Cependant, au milieu d'une offre énorme, son univers riche (elle est aussi écrivain) ne me convainc pas complètement. Je comprends qu'il faudra que je fouille davantage pour être pleinement atteint, ou bien admettre que seuls certains titres s'inscriront pour longtemps dans ma discothèque.

Tracklist
  • 01. Powerless
  • 02. God's Picture
  • 03. Anvil
  • 04. Catherine Wheel
  • 05. Don't delay Heaven
  • 06. Enough
  • 07. Human Kindness
  • 08. Oceans of Time