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Album
06/12/2025

Garce

Scolopendre

Label : Les Disques du Paradis
Genre : rock instrumental déconstruit
Date de sortie : 2025/10/17
Note : 70%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Scolopendre est à saisir avec des pincettes, pour ne pas avoir trop peur. En effet, c'est un album instrumental habité aux structures de morceaux travaillées : intro, pont, break, répétitions et motifs en spirale qui évoluent et créent des échos, final qui assemble (parfois) les motifs et les élève vers une puissance contenue ("Dernière Fois").

Il faut ensuite accepter de le placer sous une cloche pour l'observer, comprendre son fonctionnement, s'acclimater à ce rock pas forcément noise, pas non plus jazzy ou post-rock. Un son rugueux sur la guitare, une frappe sèche pour la batterie bien mixée, des sonorités plus profondes, même si l'amertume ne s'éloigne jamais trop. Quelques-unes penseront à Prohibition, d'autres à Karate, pour cette manière d'enchevêtrer mélodies et expérimentations. Pour la chaleur dégagée ce sera du côté de Pneu : ce n'est pas forcément dansant ou hypnotique, mais ça groove, ça tient la barre et ça emporte.

Plusieurs écoutes donc pour percevoir les passages sombres ("Scolopendre"), les titres plus grinçants ("Gamma GT" et son léger bourdonnement gommé par des jolis toms), les plus ludiques et entraînants ("Sciatique", "Rixe" et ses petits sons), les instants de grâce suspendue ("Accalmie"). Le groupe soigne les compositions, construisant en peu de temps plusieurs ressentis.

Ce sont des petites vignettes, des cartes postales montrant un savoir-faire, un équilibre et une écoute attentive des deux musiciens entre eux. Les parties rythmiques et le larsen contrôlé de "Rue Planterose" forment un temps d'écoute assez incroyable, une montée délirante dans le jeu ! Bien sûr, on pense au math-rock dans cette façon de construire et déconstruire, mais le duo ne peut s'empêcher de se lancer dans la cavalcade.

Je reviens à mon préambule : la musique instrumentale dans le rock est un parent pauvre, laissé souvent dans un coin, parce qu'une partie du public exige de la voix : "Rixe" est là et se démarque juste pour cet ajout parlé, murmuré. Les scènes plus expérimentales attendent plus de sons déviants, les scènes jazz éprouvent un besoin de revenir aux sources. Le savoir-faire de Garce est élevé et c'est dommage de les entendre sur le côté de scènes où ils pourraient jaillir plus visiblement. Les Strokes avaient flairé un bon coup, malgré des titres écrits en plusieurs parties ("Reptilia"), Garce a la possibilité de descendre dans la fosse et de composer un rock élégant, énervé, chatoyant et fédérateur.

Tracklist
  • 01. Dernière Fois
  • 02. Rue des Ayres
  • 03. Scolopendre
  • 04. Accalmie
  • 05. Rue Elie Gintrac
  • 06. Sciatique
  • 07. Rue Planterose
  • 08. Rixe
  • 09. Gamma GT
  • 10. Bipolaire