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Album
23/09/2026

Godflesh

Decay

Label : Relapse Records
Genre : rock industriel de fin du monde
Date de sortie : 2026/06/25
Photographie : Kim Sølve
Note : 90%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

La capacité du projet Godflesh à nous surprendre est encore intacte. On ne revient pas sur l'arrivée de Streetcleaner en 1989 (un an après l'éponyme, dont la sortie fut plus discrète à l'époque), un des premiers jalons de ce qu'on nommera le rock industriel. On a eu du mal à suivre tous les projets initiés ou suivis par Justin K Broadrick (mais on n'avait pas loupé l'album J2). On peut en revanche redire à quel point Purge, en 2023, nous avait scotchés. Ces six nouveaux titres proviennent des mêmes sessions (NDLR : mais leur finalisation s’est produite après une très lourde opération abdominale pour Broadrick, laquelle a provoqué sa décision d’arrêter Godflesh après l’album qui suivra Decay pour des raisons tenant, notamment, à l’incompatibilité entre son état physique et la poursuite de la pratique du cri en concert).

Alors, une nouvelle fois, on accueille avec un grand sourire ce nouvel album si bien nommé. On tentera de jeter une oreille à la version dub de A World Lit Only By Fire, sortie il y a deux ans... Plus tard. Un nouveau disque à digérer.

Du Godflesh. De la pourriture, du déclin, de la désintégration. Trois fois oui. Et pourtant, on a beau connaître, dès les premières voix, nous nous retrouvons ébahis. C'est noir, ça rugit en sourdine avec accablement. Une volée de notes grésillantes et shoegaze pour étirer "Master and Slave". C'est fort. Les parties percussives reviennent aux prémices de la musique industrielle, tant elles se font bruits de tôles ; mais les voix ultra saturées empruntent au hardcore et les guitares se révèlent capables de bifurquer, tentant, malgré un étranglement dans le spectre, de générer une mélancolie de l'horrible ("Living / Ending"). Justin approche de la soixantaine, il n'a jamais appartenu à un style trop défini et a vite lâché l'influence première de Killing Joke (son premier groupe s'appelait Fall Of Because). Aujourd'hui, il est toujours capable d'agglomérer ce qui lui plaît en une entité monstrueuse. Du screamo sans en être, du black metal pour cette perdition totale, ce nihilisme, de la no-wave ou de la noise dans l'écrasement de la distorsion, le mur sonore étouffé et étouffant. Les dissonances de "Fear of Man" sonnent une fin du monde. Et le chaos est spectaculaire, hypnotisant. "Consume Me", de ses onze minutes, rejoint les grands cataclysmes roboratifs (et sera cousin du 30 Minutes Of Death de Cassandra Complex dans mon panthéon musical personnel).

En dépit de cette suffocation volontaire, on respire, on prend des goulées de joie. C'est par exemple le tabassage facile de "Feral Colony", entraînant, virevoltant et ponctué de passages spleenesques. C'est aussi "Fodder", qu'on pense de prime abord moins surprenant, gardant la patte du Godflesh séminal : lenteur, répétition, scansion infernale de ce qui finira par arriver. Mais la manière dont les voix sont traitées, dans le souffle, comme une invocation démoniaque, ça change tout. Le morceau prend une autre direction, plus alternative et inspirée, déclenche une richesse inattendue, bifurque et s'envole. Hors de question de tomber dans la redite ou la facilité. Godflesh, en 2026, ne se ressource que pour sauter plus haut. Nécessaire, vital, implacable, rayonnant.

Tracklist
  • 01. Master and Slave
  • 02. Living / Ending
  • 03. Feral Colony
  • 04. Fear of Man
  • 05. Fodder
  • 06. Consume me