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Album
26/05/2026

Graham Reynolds

The Portcullis

Label : Fire Records
Genre : dungeon synth / dark ambient / electro / modern classical / experimental
Date de sortie : 2026/05/15
Note : 56%
Posté par : Oliviër Bernard Wirth

La herse… Symbole de mystère, de fermeture, de défense face à l’ost… Une image d’un autre âge, vision guerrière et de protection aristocratique ; comme aussi la dernière épreuve d’une quête initiatique. C’est sans doute ces réflexions qui ont mené Graham Reynolds à interroger le passé, à revenir aux temps anciens, là-bas, du côté d’Albion. The Portcullis est une odyssée étrange, une anfractuosité dans une discographie riche, très riche. Il faut dire que le Texan ne semble jamais rassasié, entre musiques pour le cinéma, le théâtre, la danse, la télévision, plus l’animation du Golden Arm Trio… Et la liste est encore longue ! Célébré, activiste de la matière sonore sous toutes ses formes, Reynolds est une figure respectée, à la carrière impeccable. Dernièrement, il a réalisé sa version de la bande originale des Cheveux d’Or d’Hitchcock.

Alors, que nous réserve ce nouveau disque, plutôt original sur le papier ? D’emblée, nous sommes attirés par sa définition promotionnelle : le musicien se pique de dungeon synth et de medieval ambient. Miam ! La curiosité est finement aiguisée. Mais retenons les chevaux un instant. Oui, des touches moyenâgeuses sont présentes (l’aspect percussif d’ouverture par exemple ou bien « Oxeneford »), mais soyons clair, elles sont parcimonieuses. À la rigueur, nous pouvons parler ici d’un certain esprit alternatif qui lorgne vers des ambiances archaïsantes. Çà et là, nous percevons du synthé cheap, typé old school dungeon synth (« Lincolia », « WhiteTower »), mais l’ensemble est plutôt un essai expérimental où les textures électroniques se marient à des rythmes variés (hip-hop parfois), avec en renfort des élans modern classical.

Ce constat passé, la déception nous gagne. The Portcullis est un album intéressant dirons-nous, mais qui manque cruellement de saveur. Le concept initial était prometteur, mais Reynolds semble trop frileux dans son exploration du dark ambient. Peut-être nourrissions-nous trop d’attente ? Tout semblait en place, pourtant, pour nous faire frémir : des morceaux n’excédant jamais les trois minutes, comme des fabliaux post-modernes, une imagerie en noir et blanc tellement cliché (mais que c’est bon les évidences !), la typo, l’imaginaire narratif et musical associé… Il reste néanmoins des épisodes savoureux, comme « Warwic », « Douera », « Exonia » et « Dunelmum ». Ils se distinguent par leur douceur, l’apaisement qu’ils procurent, la synthèse juste des influences (ici Harmonia, là la musique électronique vintage, ou bien encore Roger Eno).

Quatorze plages s’écoulent pendant trente et une minutes. C’est court, mais finalement suffisant. L’artiste innove, propose des choses, au risque bien sûr de dérouter. Nous saluons sa grande maîtrise des instruments, son art de l’assemblage et de l’illustration sonore. Mais nous ne pouvons rien y faire, il est difficile de vraiment accrocher à l’univers diffusé ici. Tout se joue dans l’évocation pour vraiment construire du dungeon synth de qualité. Reynolds oublie trop souvent cette loi fondamentale. Si l’incursion du piano est heureuse (« Grantebrycge »), l’ensemble se perd trop souvent dans les méandres d’une recherche avant-gardiste qui laisse froid. Jazz martial, electro lo-fi, bande-son horrifique, tout y passe, mais rien de substantiel ne reste. Un sentiment de regret nous étreint.

Tracklist
  • 01. Pevensey
  • 02. Hastinges
  • 03. Warwic
  • 04. Douera
  • 05. Lincolia
  • 06. Exonia
  • 07. Grantebrycge
  • 08. Eboracum
  • 09. Dunelmum
  • 10. Oxeneford
  • 11. Wintonia
  • 12. WhiteTower
  • 13. Lauceston
  • 14. Portcullis