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Album
23/02/2026

Jake Soffer & Brent Carmer

Imaginary Rooms

Label : Projekt
Genre : ambient / drone / néo-classique / électroacoustique
Date de sortie : 2026/02/27
Note : 86%
Posté par : Oliviër Bernard Wirth

Des êtres se rencontrent, partagent des goûts, des envies et finalement se retrouvent pour créer ensemble. Naît alors une alchimie, une osmose, comme une communion des esprits et des talents. Cela tient parfois à presque rien, et pourtant, ça marche… Imaginary Rooms, qui sort chez Projekt le 27 février 2026, est le vibrant témoignage d’une alliance réussie entre deux musiciens généreux. En effet, le guitariste Jake Soffer et le contrebassiste Brent Carmer, originaires de Portland (Oregon), ont mis leur science en commun le temps de cet album. Ils ont produit six longs titres élégants, issus d’improvisations pour une part, sur lesquels leurs instruments sont traités. Ainsi, ce disque s’apparente à un voyage onirique aux confins de l’ambient et de l’électroacoustique, avec une dose de classicisme.

Imaginary Rooms s’étire sur cinquante-sept minutes, lentement, calmement. Chaque morceau suit une trame répétitive, proposant des climats atmosphériques avec une certaine économie de moyens. Parfois, surgit une révélation acoustique, les frottements de contrebasse s’imposent, puis se reposent ("Room with a View", "The Room with no Windows"). De même, la guitare baryton de Soffer se distingue à certains moments, lorsque son son devient plus pur ("The Room where we met") ou s’évade par le jeu en slide ("Room with a View"). Néanmoins, nous relevons l’extraordinaire travail des deux hommes sur les textures sonores. Dès lors, les sources initiales deviennent moins perceptibles et se fondent en une entité planante, donnant un relief singulier à leurs compositions. Et c’est à ce moment que la magie opère…

Nous nous plaisons alors à nous déconnecter du réel, des schémas précis, de toute codification académique. Soffer et Carmer nous entraînent vers un horizon en clair-obscur. On se laisse aller, bercé par des notes minimales, mises en boucle, et l’hypnose nous saisit. Ce sentiment est particulièrement marqué sur des pièces telles que "Lost and found" et "Room with a View". Mais si l’aspect lumineux prédomine, une sorte de douce noirceur apparaît aussi. Ainsi, "The Room with no Windows" et "Imaginary Rooms" sont plus dark. On lorgne vers une forme de drone, serti de bruitisme léger et de field recordings trafiqués. Nous sentons que les Américains tentent des choses différentes, expérimentant diverses possibilités offertes par l’électronique. Le résultat s’avère peut-être moins maîtrisé, mais remarquable tout de même.

Au terme de ce périple, nous ne pouvons que saluer l’audace de Jake et Brent. En effet, ils ont su tirer le meilleur à la fois de leurs instruments et des traitements à leur disposition. Imaginary Rooms est un opus charmant, d’une qualité rare. Ici, pas d’effet de style, juste la simple volonté de délivrer une musique raffinée et harmonieuse. L’auditeur est saisi à la fois par la quiétude et la mélancolie qui s’en dégagent. Les évocations et inspirations font la part belle à la scène ambient des années 2000, notamment sur la dernière partie de "The Room where we met", très proche du Fennesz de cette époque. D’autres noms nous viennent en tête, comme Henrik Meierkord ou Richard Skelton… Cette œuvre splendide, bien que non exempte de quelques légers défauts, fait vraiment du bien aux oreilles ! Ces garçons, définitivement, sont à suivre.

Tracklist
  • 01. Lost and found
  • 02. Room with a View
  • 03. The Room where everything changed
  • 04. The Room with no Windows
  • 05. Imaginary Rooms
  • 06. The Room where we met