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Album
14/06/2026

Krav Boca

Drapeau Noir

Label : Boca Records
Genre : punk engagé
Date de sortie : 2026/03/13
Note : 80%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Facile de décréter qu'avec cet album, Krav Boca affiche la couleur (noire) ; facile mais trompeur puisque depuis leurs débuts en 2014 ce groupe de fusion punk-mandoline-rap aux origines bigarrées (Toulouse, la Grèce, le Maroc) a toujours pris position fermement.

Alors plutôt que de dire qu'ils affichent la couleur, on fera un autre jeu de mots, voyant en eux les porte-étendards (drapeau) de toute une génération qui ne craint pas l'antifascisme, le wokisme et tous ces mots en -ISME qui hérissent les réactionnaires de tout poil. Krav Boca, c'est une bouffée d'énergie, des slogans immédiats pour dire en peu de mots le mal qu'on pense de ce monde qui se presse contre nous et nous oppresse.

Pour bien appuyer le propos, le titre éponyme, "Drapeau noir" voit la participation de Loran des Bérurier Noir et Molodoï, un groupe dont Krav Boca a revendiqué l'influence en reprenant notamment "Salut à Toi". Mais pas seulement : des Bérus on retrouve ce côté saltimbanque puisant dans la fête de quoi positiver la rage ; de même l'engagement pour des causes associatives ; la tournée des squats ; la reconnaissance des keupons des années post-2010 ; les publications (le fanzine Karton) et la manière de grandir dans l'ombre des mass medias. Et puis un certain humour ("Tant qu'il y a du noir, il y a de l'espoir"), pas forcément toujours audible dans la caricature qui fait mal : "OK Boomer" au refrain amusant sauf quand on entend qu'en concert les plus bavards ont bien moins de trente ans et gênent ceux et celles qui veulent profiter du groupe.

Mais la musique, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, n'a jamais copié un rock alternatif trop daté. Les guitares sont de plus en métallisées (un peu trop peut-être sur "Chourave 2.0"), le phrasé prend au rap, scande et crie. Les chœurs forment une sorte de collectif de la rue, vindicatif. La fureur est totale avec "Féroces" (avec Lofofora), une apologie du mouvement dans la fosse, une allégorie de la capacité à s'unir pour défaire les cages, grilles et autres barreaux.

Les tubes se succèdent, donnant de quoi galvaniser les troupes, n'oubliant personne, chantant puis libérant la colère, alternant avec énergie et malice les climats, donnant ainsi un rythme prenant ("Siamo Tutti"). La part rythmique est de belle tenue, relançant, accompagnant, générant des nuances en peu de temps. Parfois Krav Boca choppe les gimmicks de la techno ("OK Boomer"), ceux du reggaeton en invitant Chocolate Remix d'Argentine ("Balaclave Dance") et même ceux d'Orelsan le temps d'"Orwell". Surprenant, ce morceau accentue la part sombre du groupe, qu'on avait déjà aimée par exemple sur "Carte postale" ou "Mortem". Mid-tempo de la musique, voix suffocantes. "Radical" unit cette mélancolie à une fureur démentielle, mettant en scène Frenzee, des copains-copines punks basés en Crète (une fratrie qui a grandi en Australie... mais originaire de Crète). À l'inverse, l'atmosphère est uniquement chaude sur "Doliprane" où les couches se superposent, densifiant une musique acérée et inventive.

Pour finir, un titre qui élève encore la tension : noirceur, étouffement, jeu de mots, éruption de colère et de révolte. La composition de l'album, très court mais dense (onze titres en trente minutes), permet de ne pas avoir de temps morts, de varier les approches et de donner un nouveau voyage en terres révoltées.

Tracklist
  • 01. Intro
  • 02. Drapeau noir (avec Loran Béru)
  • 03. Siamo Tutti
  • 04. OK Boomer
  • 05. Chourave 2.0
  • 06. Orwell
  • 07. Féroces (avec Lofofora)
  • 08. Balaclava Dance (avec Chocolate Remix)
  • 09. Doliprane
  • 10. Radical (avec Frenzee)
  • 11. Nos Futurs (avec Magui)