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Live report
07/10/2026

Light Asylum + Potochkine

Setmana Santa warm-up liveshow | Le Rex Club (Toulouse), 25/09/2026

Genres : EBM / electro
Photographies : silent__frame
Posté par : Sylvaïn Nicolino

La belle affiche ! Une revenante Américaine combinée avec un duo explosif français à la mode.
Pour un petit prix.
Dans une salle à taille humaine.
Un vendredi soir.
Allez, voiture et j'enquille les kilomètres.

Bien sûr que j'arrive plus tôt. Je me gare pour pas cher, une place dans la rue, trois euros jusqu'au lendemain. Un tour au bar punk L'Autan, histoire de profiter d'un verre de vin rouge en corrigeant des copies, plaisir du travail choisi.
Coup de chance inattendu, un groupe de crust-punk se prépare ; surveillé par le squelette débonnaire, je profite des instants magiques que réserve la ville. Ce sera Kontaminate. Ils ont vraiment l'air cool.
Mais moi, j'ai rendez-vous avec de la darkwave-EBM-cold de noir corbacks plutôt qu'avec le noir anar du D-Beat. Une autre fois, peut-être.

Comme j'arrive avant l'heure, je peux voir Laurent Konstroy organiser avec les videurs l'accueil des spectateurs, cent-soixante préventes annoncées. On est sur une bonne soirée. Son équipe de bénévoles s'installe. Les artistes acceptent des photos promotionnelles. Shannon Funchess est immédiatement identifiable : femme noire, montée sur plateform-shoes, de noir vêtue, regard dur et sourire qui prend vite la place de la rage. Je n'ose pas aller plus loin dans la rencontre et pour cause... Depuis midi, je suis aphone.

Oui, je ne sais pas comment je vais gérer un concert dans le silence. Mes voisins seront contents. Et moi ? En plus, à peine entré, voilà qu'on lie connaissance avec un gars. Lui il adore Potochkine. Je tente vaguement de construire une discussion, car c'est bon les échanges, mais voilà...
Puis un deuxième, que je connais déjà (concert des Young Gods), avec qui je tente des explications. Bon, je ne suis pas la meilleure compagnie, mais merci pour ces instants partagés durant la longue attente.
La salle se remplit bien : des anciens, des "de-mon-âge" (tout ce qui a entre 45 et 60, quoi), des jeunes, par petits paquets. Des très lookés, des pas du tout typés. Des t-shirts amusants : heaven is upside down, un Bela Lugosi où un chat a remplacé l'acteur. Des formations modernes (yes, du Rue Oberkampf).
Et puis voilà Olivier de Twice qui arrive. Là encore, faut tenter de parler. J'hésite à choper le micro vocal d'un spectateur appareillé, mais si je suis affecté par un virus, je vais éviter les conneries.
Allez, on se lance, la salle s'éteint.

Potochkine me met une claque. J'avais un peu de réticence parfois sur la voix, me demandant sur quel pied danser. En live, pas de réflexions à avoir : Hugo pousse ses boutons et curseurs avec violence, emportement, dynamisme. Il s'éclate comme peu dans son espace. Il fait le spectacle et ses cheveux, rasés de près, le rajeunissent. Il tient la scène ! Mais il n'est pas seul. La chanteuse c'est elle.  Double micro, celui pour les volutes éloignées, celui pour le chant. Une danse plus légère, plus adressée au public. Sur fond bleu et fumigènes qui gênent pour distinguer les expressions et pour prendre de belles photos, le duo électrise la salle. Un groupe de groupies s'amuse : "Je t'aiiiime ! Moi aussi ! On t'aime tous ! T'es la meilleure !" Polly ne peut pas s'empêcher de sourire. C'est bon de jouer au jeu de la star. Un peu vrai, un peu faux, surjoué. La musique, elle, déboulonne et fonctionne sur ce chant parlé, ce tabassage parfois plus rentré, ces compositions évolutives.
Malgré la sueur, car ça bouge beaucoup dans les premiers rangs, le show me paraît court ou bien c'est parce qu'il n'a pas assez de "parties". Plusieurs morceaux passent du rapide au mid-tempo ; le groupe a pourtant des compositions plus alternatives et avec un lightshow mieux travaillé, on aurait ainsi eu des ambiances variées. Un marquage plus fort des moments d'un show. 
Je les reverrai cependant avec plaisir.
Je découvre enfin leur disque élégant et ambitieux : Mythes, en trois vinyles pour les bandes-son de trois pièces de théâtre jouées à la Comédie de Reims.


Pause courte, le temps de tous se sourire. On sait que la soirée n'est pas finie. Que quelque chose de fort va arriver.
Shannon monte sur scène. Seule.
Elle balance les sons et va au micro. Quelle voix, quelle présence ! Un coffre, une envie d'en découdre, de ne pas tricher. 
Elle a un organe qui sait chanter. Alors, elle gueule. Qui a cette force ? Ben... pas grand monde : Diamanda Galas, évidemment. Screamin Jay Hawkins (mais il faisait semblant, il prenait la pose), Jimmy Sommerville ? Nina Hagen ? Gitane Demone ? Derrière ces noms, ce ne sont pas des capacités vocales que je convoque, mais une attitude sur scène, un don de soi total. Leur voix à chacun d'eux est une arme qui dépasse le fait de chanter.

Et Shannon a des choses à dire. Elle a beaucoup de colère en elle. Elle l'exorcise là, devant nous. Elle parle entre les morceaux, la vie qui va, la politique. C'est presque du slam. Du spoken word pris par le rythme. Beaucoup de politique. Rester aux USA ou venir en France ? Chacun doit se battre là où il vit. Les raisons de cette tension sont trop nombreuses, sexisme, homophobie, validisme, écologie, violence, abus sur les enfants... Même son sevrage compliqué du tabac y passe dans cette longue liste, mais comme elle le reconnaît : "ça c'est mon problème, pas le vôtre". Et puis les slogans : tant qu'une personne n'est pas libre, alors personne n'est libre.

Si la colère demeure, elle se conjugue en quelques minutes avec l'amour. Shannon aime être sur scène, nous entendre, nous voir. Elle se rapproche, elle passe la barrière, elle joue avec les écrans qui filment. Elle caresse mon voisin appareillé, chante pour lui. Elle veut qu'on participe : "forever and ever and ever !" Putain, j'ai plus de voix, Shannon, mais je m'entends quand même ! Je lève les poings tout ce que je peux : t'as raison sur tout ! Les musique goths, c'est planant et violent, c'est une ascension autant qu'une descente, une rédemption face aux dangers du monde. Elle rate en partie "Hour Fortress", car son chant s'est calé sur la mauvaise note au départ ; pourtant ça passe ! On s'en fiche, elle donne tout. En revanche, son "Dark Alleys" est un moment stupéfiant. Pas figé, on saute tout ce qu'on peut pour cette séance de chamanisme collectif.

Le temps s'écoule sans qu'on le voit : il ne lui reste que six minutes. Allez, elle raccourcira un titre pour qu'il tienne. Et puis elle enchaîne sur un final plus doux, comme elle souhaitait le faire en entrant sur scène. Elle pense bien à remercier, comme Potochkine, l'organisation nickel. Elle part. Lumières.

Quelle soirée : on se regarde. On a bien fait de venir. Il fallait y être. On le sent, c'est une date-clé de la ville rose-noire qui s'est jouée. On a fait corps, on a fait public, les groupes sont heureux d'avoir joué pour nous ici. On a su recevoir et leur insuffler énergie. 

Sur la route et ses longs kilomètres pour revenir dans ma campagne, je suis galvanisé. La scène existe, elle est forte, underground certes, dans un coin de niche, mais sacrément coriace et inventive.