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EP
19/01/2026

Lonsai Maïkov

Easternity

Label : Lonsaï Makov
Genre : folk noir / rock
Date de sortie : 2026/01/06
Note : 75%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Quand bien même la carrière de Lonsai Maïkov se fait sous les radars, cela ne l'empêche pas d'être très riche. Les collaborations et les projets "solos" se sont succédés à un fort rythme depuis plus de trente ans et l'expérience de Thierry Jolif est reconnue au-delà des frontières françaises.

Pour ceux qui, comme moi, le découvrent (avec honte), l'EP Easternity forme une porte d'entrée appropriée. C'est d'abord un beau disque, au visuel marquant (Alan Souquet inspiré par l'art orthodoxe) et dont quelques exemplaires magnifient l'objet avec un écrin en bois et un patch (confectionnés par Murielle Grasse).

La musique, ensuite (ou d'abord) : le chant joue l'équilibre entre emphase maniérée (il a travaillé avec Jean-Louis Costes, autre artiste qui sait poser et feindre) et simplicité désarmante. Alors qu'on se demande si on est face à un projet conceptuel où le pas de côté serait fort (à la Sopor Aeternus ou Gaë Bolg ou encore Paulin Bündgen), l'aspect décalé s'efface, tout le décorum s'escamote et on a un frisson en apercevant la réalité de l'Homme : "Angels of Condition", en mélodie simplissime, mais arrangée impeccablement. Les instruments viennent progressivement hanter le spectre sonore (Erwan Houget devant la console, il est aussi bassiste chez Crocodeath, autre registre), jusqu'à un dédoublement de la voix, comme si elle venait de plus haut.

Le fond principal est cette folk qu'on a pu appeler un temps apocalyptique, dark ou néo. Une manière contemporaine de reprendre une fascination pour de l'ancien, pour des rythmes tribaux, de composer une musique inspirée par une spiritualité autre, païenne et mystérieuse et d'assembler ça en un format de chansons qui parleront à notre noirceur. Un peu des premiers Dead Can Dance dans la ligne de basse de "Dark Notes from my Underground", mais avec un renfort de saxophone, des guitares déliées, un enchevêtrement qui crée le brouillard. Didier Ambact signe une partie à la batterie impressionnante, c'est fluide, tribal, rock mais sans tapage inadéquat. Il sert les relances. Et au-dessus, la voix qui flotte, qui prie, qui prend le temps d'installer ses mots, sacrifiant au rituel du refrain pour y puise de la force.

Swesor Bhrater, avec qui Thierry a aussi travaillé, est sur la même ligne du mélange. Ici, un vieux fond qu'on nomme aujourd'hui post-punk, et qui pourrait débuter par Magazine, ce groupe fondé par John McGeogh et le chanteur des Buzzcocks, Howard Devoto, sitôt le premier EP des Buzzcocks mis en magasin. On a une reprise miraculeuse du "The Light pours out of Me". Miraculeuse car cette chanson a souvent été reprise (Ministry, Peter Murphy, Barry Adamson, les plus méconnus Skids...) et c'est vers elle que je suis allé en tout premier. Interprétation de qualité, élégante, à l'énergie maîtrisée, visitée.

De là, une envie de tout de suite écouter le reste. J'ai encore un peu de mal avec "The sadest Things", au chant maniéré, mais beau, au rythme chaloupé en mid-tempo ; comme si c'était un peu trop sympathique par rapport au titre. En revanche, "To the Land of dead Hunters" est le morceau le plus old-school : basse ténébreuse signée Erwan Cosyns (vous pouvez également suivre le groupe Shy Narciss), batterie qui raconte des mouvements de l'âme, chant du crépuscule, ligne d'harmonica qui me renvoie aux expérimentations des Tuxedomoon puisque ça vire presque jazzy. Une réussite dans le lugubre de la pose et la luminosité poétique.

De quoi asseoir un nom, une image, un chemin, avec le soutien de tout un collectif.

Tracklist
  • 01. Angels of Conditions
  • 02. The sadest Things
  • 03. Dark Notes from my Underground
  • 04. Fuckin Pilgrim's Progress
  • 05. To the Land of dead Hunters
  • 06. The Light pours out of Me