Ce n'est pas tous les jours qu'on reçoit des disques de groupes originaires du massif des Bauges et qui ont enregistré leurs morceaux dans les villages de Saint Jorioz et Saint Vital. Le Label Beige est, en revanche, plus connu par chez nous et nous avons suivi chacune de leurs productions (Deleted, 2 Kilos & More, Meta Meat, Klimparag, Laurent Pernice) qui sont certes rares mais toujours de qualité. Le duo Mad Masks est pourtant actif depuis plus de dix ans, avec notamment un CD chez Peripheral Minimal en 2015, une cassette chez Vague À l'Âme en 2020, un LP chez Holy Hour Records en 2021, ainsi qu'un bon nombre de vidéos aux contenus fort inquiétants et inspirés par le cinéma fantastique. Car Fabrice R. et Dominique S. piochent allègrement dans l'imaginaire horrifique et les bandes originales les plus angoissantes.
Les neuf premiers titres sont inédits alors que les six derniers proviennent d'un EP digital paru en 2015 sur SuRRism-Phonoethics. À la première écoute, il semble évident que le projet a été très marqué par la scène industrielle, post-industrielle et DIY des années 1980 (Coil, Konstruktivits, The Grief, Nocturnal Emissions, Raksha Mancham...). Cette approche instrumentale, entêtante, parfois appuyée par une basse bien glaciale ("Kuru", "Fable") semble devoir beaucoup à Nagamatzu, mais fait aussi écho à des univers musicaux plus récents (German Army par exemple), l'impression de bandes magnétiques exposées trop longtemps au soleil, donnant aux pièces sonores une qualité fébrile et flippante qui peut rappeler les univers grouillants, granuleux et imaginatifs de Blablarism, Spettro Family, Ashburn County ou même In Death It Ends dans son versant le plus goth, eux-aussi très marqués par les BO de séries B. Le son des guitares, quant à lui, s'inscrit directement dans la lignée de Richard H. Kirk et des débuts de Cabaret Voltaire ("Loup", "Kuru").
Mad Masks se distingue néanmoins par une approche assez rituelle, où la répétition mène à la transe. Les rythmiques sont souvent martiales et funèbres ("Nihaya", "Nex", "Récifs") avec des sons d'orgues et de piano, et une intensité lancinante qui peut évoquer aussi les expérimentations synthétiques de Burzum. Les très beaux "Fragile" et "Récifs" pourraient d'ailleurs faire le pont entre une cold répétitive et un néofolk apocalyptique, et c'est là qu'on se dit que peut-être l'environnement des Alpes françaises a exercé son influence. D'autres morceaux relèvent plus d'une électro minimale telle qu'on la trouvait beaucoup sur les compilations sur cassettes dans les années 1980 comme pour "Slavemarket", "Lame" ou "Furie", qui ressemble clairement à du Nostalgie Eternelle. Très fantomatique, cette musique possède toujours un sens du suspense, elle nous maintient dans des états où c'est justement l'attente qui crée l'hallucination. En tout cas, la séduction opère indéniablement par ces rites mystérieux qui nous amènent dans des univers étranges, occultes, où vous entrez en communication avec les spectres et la poésie de l'invisible.