Ce livre marque un tournant important dans la vie et les publications de notre collègue Maxime Lachaud. Bien sûr, on y retrouve dès les premières pages son humour, son intelligence, sa passion débordante et son sens de la narration grotesque (entre sérieux et décadence badine).
Ce qui marque aujourd'hui, c'est la volonté affirmée de se dévoiler ; jusqu'ici, Maxime parlait des autres, de ses passions (toujours un moyen de parler de soi), mais il gardait la distance du conteur, du faiseur, du complice, de l'assistant. Le pas de côté est désormais un pas en plein dedans. Oui, c'est un livre de la cinquantaine, mûri par les expériences accumulées et dopé par les vides que laissaient chacune des publications ou sorties officielles.
La fin de l'ouvrage donne des pistes, des nuits d'insomnie, la myopie précoce mal décelée, la peur de passer à côté de choses seulement effleurées, la confiance en soi et un havre dans un entourage sensible et disponible.
C'est donc un ouvrage dans lequel on a d'importants passages autobiographiques, de la fiction, du rêve, des archives. Avec cela, il faut faire sens et embarquer le lecteur.
Plusieurs fois, je me suis demandé s'il y avait un lecteur-type pour cet ouvrage. J'ai assisté à plusieurs présentations-conférences de Maxime Lachaud et la réponse n'est pas simple. Passionnés de cinéma, passionnés d'Amériques, passionnés de sexualités alternatives, passionnés de bizarreries, passionnés d'anti-guide de voyage (c'est un format), passionnés d'écriture et de surprises, mais aussi tout bonnement des passionnés de l'Auteur qui sait si bien nous interpeller depuis des dizaines d'années.
Revenons en arrière car depuis son enfance, Max lit, voit, pense, sent et écrit. Il a réalisé quelques cahiers de citations, photos, dessins et collages. Il filme aussi. Il garde trace, mémoire, porte en lui des centaines de disparus et la composition de ce livre est un trajet aux circonvolutions ludiques. Le passé, le temps qui a passé, le réel, mais sublimé, les fantasmagories. Des déambulations psycho-géographiques. Certaines effectuées durant la rédaction de l'ouvrage, d'autres revisitées et ré-exploitées par le souvenir vivace qu'il en a. Il est la matière du livre qu'il écrit, il s'amuse avec lui-même, auscultant ses thématiques chéries, ses moments de bascule, tentant de lier et d'imbriquer en faisant corps tout ce qui lui plaît. On a donc une tension très intéressante entre le narrateur et le « Je » mis en scène. Et le lecteur qui connaît Maxime cherche et découvre des détails, des indices à assembler. Ainsi, avec Harry Crews, il visite la ville d'Ashburn dont le nom servira pour un projet musical.
De ces déambulations, Maxime garde ce qui le nourrit ; ses comparses sont comme effacés (Céline la copine d'Université, Helena Patricio, Marjory, Steve Balestreri avec lequel il a tourné Texas Trip, a Carnival of Ghosts, et d'autres) et ce n'est pas par négligence (ils sont remerciés dans la dédicace) ou par égocentrisme. Maxime est quelqu'un de totalement ouvert vers les autres, se servant d'une culture vaste et précise pour coller aux pensées de celui ou celle qui lui fait face (la discussion avec Bartalos, en partie reproduite dans ces pages). Non, ici il s'agit d'un ego-trip au sens littéral : faire un trip avec son propre esprit. Sans prise de drogues autre que de l'alcool. Trouver ce qui plaît dans le décalage, le danger, les instants suspendus. Les pages sur le cinéma porno gay ou l'expérimental dévoilent un jeu constant avec l'attente et la manière de casser les codes, de faire surgir une vérité différente, un hommage aux désaxés, marginaux, bien vivants mais rejetés.
Notre présence est éphémère et ce livre fonctionne aussi comme un testament intellectuel et physique, tant les paysages et les lieux imprègnent les lignes. L'iconographie importante proposée par l'éditeur Timeless est à la fois soutien visuel et moyen de partir à notre tour dans un autre monde, scrutant les détails dévoilés. Des mondes nous entourent, ceux de Maxime et de ce qu'il aime, gonflés par sa manière personnelle de ressentir et de rendre compte, qui peuvent souvent être aussi les nôtres, à l'occasion d'un pas de côté ou d'un engagement plus fort.
C'est le souhait de l'Auteur : nous voir à notre tour basculer pour rejoindre la confrérie des gens vivants, créatifs, azimutés et drôles.
Le jour se lève, la nuit arrive... Peu importe le moment, c'est un seuil ; qu'allez-vous faire aujourd'hui pour sortir de vos vies ?
NOTE : Un tirage collector a été mis en place, de trente exemplaires signés, accompagnés de tirages photo.
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