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Album
27/12/2025

Melt

Sweeter Than Heaven

Label : Melt (autoproduction)
Genre : rock hanté, chant possédé
Date de sortie : 2025/12/18
Note : 82%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

C'est une joie de retrouver Melt après la parenthèse d'un album de Koma's Totem. Shiroe / Charlotte a deux groupes désormais, avec deux options complémentaires. Koma's Totem donne plus dans une sorte de death rock, un genre dans lequel je ne l'attendais pas et où elle s'épanouit.

Avec Melt, c'est autre chose qui se joue : les compositions sont complexes, sans cadre musical, empruntant n'importe où... mais pas pour faire n'importe quoi. Par exemple, si on plonge dans un heavy très seventies sur "Low", tant dans le son des guitares que dans le tempo languissant ou les solos, c'est pour créer un cadre nocturne et puissant. "Union" abat une carte pop-rock mainstream mais avec des écarts. Là-dessus, Shiroe a tout loisir de laisser sa voix prendre le pouvoir, entre tendresse, rage, colère acide et réconfort des confidences. Melt est un projet émotionnellement éprouvant.

À la fois groupe dont l'énergie fait visualiser des stades remplis et à la fois formation qui semble encore dans un local de répétition dont la porte serait restée ouverte sur la rue. "Melt" s'achève ainsi soudainement, sans qu'on mesure exactement ce qui vient de se passer le temps de l'écoute. Il y a du "rien à foutre" chez eux, une façon de jeter une pépite et de cracher dessus. De dédaigner la grâce. Finir avec la version acoustique de "Stigmata", belle et puissante, alors que le titre ferait une ouverture à n'importe quel concert, montre une nonchalance. Placez "Stigamata" sur une playlist et vous verrez à quel point il surclasse une grande partie du reste (nonobstant vos goûts différents des miens).

Les lignes harmoniques cherchent et trouvent leur cible, distillant mélancolie, perte de foi, chant du cygne, miroir face à la mort qui guette. Et la force surgit, démoniaque tant on sent qu'elle s'échappe d'un petit corps, d'une gorge qui sait faire jaillir. Dans quel état se trouve-t-on lorsqu'on chante de telles parties ? Il n'est pas question de faire semblant. On y est plongé entièrement ou bien on n'y va pas. Melt est un danger permanent. Une audace, un lâcher-prise. Et la manière dont la musique encadre est folle. Il faut connaître l'Autre en soi parfaitement, celle qui va chanter, pour savoir ce qui lui donnera l'élan et ce qui la ramènera, quand bien même on a enchaîné les mesures répétitives ("Northern Light"). L'image du cerf-volant me vient en tête. Tout est au bord de la rupture. Et je sais comme cette notion pour Melt est importante et dangereuse, sclérosante paradoxalement dans leurs instants de création. L'album est composé de vieilles compositions du temps d'Olivier, de plus récentes assurées par Shiroe (avec parfois les guitares d'Olivier aussi), et on retrouve Jux pour les parties de basse.

Alors, oui, la musique puise dans nos passions : du heavy, de l'héroïque ("Ruin", morceau à déchiffrer écoute après écoute), de la basse post-punk, du grunge, des sons à peine saturés sur chants d'oiseaux ("Red Rose") avant une bascule néo-gothique. Noir et volatile, un courage qui s'aplatit au sol et se couvre le visage.

On aime la musique de Melt, intensément, et elle saisit parce qu'elle accompagne. Voilà un titre éponyme, "Melt" dans lequel on découvre une pythie, une reine elfe, une voix qui a l'âge de l'espèce humaine, qui pouvait peut-être se faire entendre après la découverte d'une caverne au paléolithique, ou alors un chant qui serait aussi celui de la dernière femme dans une ville détruite par le feu nucléaire. La facilité avec laquelle Shiroe passe d'une voix limpide à une écorchure me fascine. On sait que le chant dans le monde du rock n'est pas académique. Je connais Diamanda  Galás, Liz Fraser, Gitane Demone, cependant Shiroe ne se hausse pas dans cette technicité ; elle a un chant non conventionnel, primitif et éclairé, pur dans ses intentions.

Alors, oui, "Hidden" semble attendre quelque chose et dans certaines compositions, le son est encore étouffé ("Red Rose" sur son final) et il serait grand temps que le groupe se trouve le magicien qui les poussera vers la perfection. Comme "Surly" est déjà parfaitement calibré avec son refrain en plusieurs voix et ses mesures languides, il suffit de pas grand-chose : écouter Melt, les comprendre, ouvrir pour eux un savoir-faire multiple. Entendre ce piano qui déboule et magnifie la fin de "Northern Light" aiguise les appétits. Ce qui sera en jeu est un album essentiel à venir.

Tracklist
  • 01. Low
  • 02. Bleak Sky
  • 03. Red Rose
  • 04. Melt
  • 05. Northern Light
  • 06. Hidden
  • 07. Union
  • 08. Ruin
  • 09. Surly
  • 10. Stigmata (acoustic Version)