Morphoex, c'est le projet solo d'Isthmaël Baudry (Love In Cage, Spleen XXX, récemment chroniqué dans nos pages digitales). Pour ce septième long format, il délivre un album concept qui explore notre rapport aux langages. De fait, c'est aussi le premier album de ce projet où le chant se fait une place aussi importante, explique-t-il. Un invité, Zaäk Årandi, offre une partition plus cold-noisy, à la The Jesus And Mary Chain ("Schizodrome").
De tonalité ambient pour l'enrobage soigné (les premiers et derniers titres, notamment), les compositions aspirent tout ce qui aimante la sensibilité d'Isthmaël. On y trouve des nappes synthétiques religieuses, des vagues animistes ("Vagues sidérales"), des déflagrations de pop-industrielle ("Méta langages"), de la minimal darkwave ("Black and white Lines", au potentiel foudroyé par assourdissement volontaire). L'écoute d'un paysage qui disparaît ouvre "Tnemetohcuhc" (chuchotement) dans lequel des oiseaux pépient : la prière est-elle celle des oiseaux d'abord ou celle de ce souffle en voix inversée ? Le point de vue vacille ; qui est là pour décorer ? Qui est réellement vivant ? Les références à la fin des années 1970, début des années 1980 se succèdent (Cabaret Voltaire, Psychic TV), souvent viciées et ironiques ("Listen to the new Noise" petit tube arty-punk), parfois carrément amusantes comme sur "Confuse Science Illustration", petit délire synth-punk à voix faussement crooner. Un poil d'exotisme traité en mode new age païen sur "Kinshasa", comme une musique urbaine passée au chloroforme... 
Les variations de rythmes et d'intentions (sarcastique, nostalgique, émouvant, dansant sur "Toniki", colérique sur "Vengeance is Silence") permettent à l'album de s'absorber d'une traite. La dimension politique ne fait aucun doute ; ainsi "Reality is false" décrit notre nouveau monde informationnel tandis que la musique oscille entre prétention à être un hymne, une invocation typée propagande et un constat amer sur l'état des esprits.
Au-delà des douze partitions proposées, Morphoex questionne la musique : vieille problématique entre d'un côté l'envie de (se) faire plaisir, d'un autre côté, l'envie de faire réfléchir, et enfin, par-dessus, le désir de jouer et de casser les codes pour que ne soit pas "facile". La dissertation rendue a ses trois parties, étroitement intriquées, avec en lexique pour lier cette syntaxe érudite, un talent pour la distanciation ludique.