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Ténèbres, puits sans fond. Obsküre plonge, fouine, investigue et remonte tout ce qu’il peut à la surface

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Interview
04/06/2026

Neu-Romancer

"Je mène petit à petit ma musique vers quelque chose de plus chaleureux et organique"

Genre : synthwave / electro / italo-disco
Photographies : Neu-Romancer live @ Shök Noir 2026 | Michel Dagorn - Insta : @michel__dagorn
Posté par : Töny Leduc-Gugnalons

Après avoir fait ses premières armes au sein de formations telles que VV & The Void et Ciern, Laura Bailey tente l’aventure en solitaire en créant le projet électronique Neu-Romancer. Une première sortie remarquée en 2023 la propulse comme une figure montante de la scène dark berlinoise. Neue-Romantika, format court paru sur le label Fleisch, allie avec un charme indéniable une électro froide teintée d’italo-disco et de synthwave. Il n’en fallait pas davantage pour provoquer une rencontre avec l’Australienne exilée en Allemagne lors du festival Shök Noir à Quimper.

Obsküre : Laura, ta musique s’inscrit dans la lignée des grands genres de la musique électronique des années 1980. Le nom de ton projet semble d’ailleurs suffisamment explicite pour traduire cet héritage revendiqué. Quels étaient les intentions à l’origine de Neu-Romancer ?
Laura Bailey : Oui, c’est précisément à tout cet héritage que je pensais à la création de Neu-Romancer. L’idée était de combiner de nombreuses influences, pas nécessairement celles des années 80, d’ailleurs, mais aussi mon amour pour Neu et le krautrock… J’étais déjà installée en Allemagne et à Berlin à cette époque et c’est à ce moment-là qu’est née cette volonté de donner corps à ce projet en combinant le concept de « nouveau romantique », mon amour pour le krautrock, la scène allemande, le livre Neuromancer de William Gibson et, aussi, la science-fiction… Bref, combiner à peu près tout ce que j’aime à cette notion même de romantisme.

Le nom Neu-Romancer apparaît aussi comme une sorte de manifeste idéologique. Qu’ont à apporter les nouveaux romantiques dans le monde belliqueux et ultra-matérialiste que nous connaissons aujourd’hui ?
C’est vraiment intéressant parce que, en grandissant les noms changent, les tendances changent, les concepts, tout est amener à changer en fait. Et maintenant je me retrouve dans la situation où je remets moi-même en question mon identité musicale pour savoir où je veux aller exactement ? Je souhaiterais en fin de compte réinstaurer un peu de romance dans l’époque compliquée que nous vivons afin que nous puissions de nouveau considérer le monde sous ce prisme qui devrait nous aider à traverser ces épreuves. J’ai commencé à œuvrer dans un monde véritablement sombre mais je mène petit à petit ma musique vers quelque chose de plus analogique, chaleureux et organique, en redécouvrant mon amour pour les vieux synthétiseurs et les guitares. Je veux fuir autant que possible le monde de l’intelligence artificielle… C’est clairement éloigné de la signification originelle de "nouveau romantique" mais c’est de cette manière que le concept a évolué en moi vers quelque chose de plus chaleureux, oui, et de définitivement plus organique...

On a le sentiment que ton parcours musical est le fruit de nombreuses expériences et découvertes. Tu as commencé par pratiquer le violon, puis la basse. Tu as officié au sein du groupe darkwave VV & The Void mais aussi dans le groupe post-punk Ciern. Comment en es-tu arrivée à plonger sans retenue dans l’univers de la musique électronique ?
Cette plongée est en fait assez récente. J’ai toujours joué dans des groupes et quand j’ai rejoint Berlin, je me suis davantage intéressée au travail de production, puis à l’activité de DJ qui m’a conduite à la production de musique électronique. Avant cela, mon modèle était celui du groupe tel qu’on le conçoit généralement.

À l’instar des membres de NNHMN, avec qui tu partages l’affiche ce soir, tu as décidé de rejoindre Berlin. Dans quelle mesure cette ville influence-t-elle ta créativité par rapport à ton Australie natale ? Quand on regarde ton parcours, on pense immédiatement aux membres de Depeche Mode découvrant Berlin, l’EBM et les clubs fétichistes avant la composition de Some Great Reward (rires). As-tu vécu une expérience similaire ?
Absolument ! Je n’avais aucune idée de l’impact qu’allait avoir cette ville sur moi. Pour être honnête, j’avais d’autres projets en tête mais la ville, la musique, les fêtes et la culture d’une manière générale m’ont clairement inspirée. Tout cela a évolué de manière très naturelle en moi.

Quel est ton propre rapport au chant ? On a parfois le sentiment qu’il fait défaut à certains morceaux qui s’y prêtent pourtant très bien… Est-ce le résultat d’un choix délibéré ou devons-nous y voir des raisons personnelles plus profondes ?
C’est précisément l’une de mes plus grandes sources de réflexion en ce moment car je me dirige vers une configuration davantage tournée vers le live. J’essaye de me montrer plus forte et courageuse en accentuant mon implication dans le chant et c’est effectivement une donnée dont je souhaite absolument parer le projet. Fondamentalement je suis très timide, il va donc falloir travailler pour incorporer de manière pérenne cet élément à ma musique. Par ailleurs, j’apprends aussi à chanter… Tout cela est très nouveau pour moi...

"Remnant" est un excellent morceau mais il semble se distinguer quelque peu de la ligne imposée par les autres titres. Moins dansant et moins direct, il apparaît surtout comme une sorte de synthèse de toutes tes influences romantiques et sombres. Que peux-tu me dire sur ce morceau, qui s’adjoint en outre les services de Kris Baha au chant ?
A l’origine, j’ai écrit cette chanson quand je suis arrivée à Berlin ; j’avais eu, dans un premier temps, l’intention de monter un projet orienté dreampop mais ce n’était pas nécessairement ce que je souhaitais délivrer en live ; et c’est un point intéressant, car il existe véritablement chez moi une sorte de discordance entre ce qui me vient naturellement au moment de l’écriture et ce que je souhaite faire sur scène. Pour en revenir à « Remnant », elle a été conçue comme un duo avec Kris dans cette veine dreampop, raison pour laquelle elle résonne de manière singulière sur le disque.

"Superposition" est le morceau que je préfère, une sorte de crossover entre le meilleur de Depeche Mode époque Violator et le monde lumineux de l’italo-disco… Cette composition semble raconter une histoire personnelle…
C’est également le morceau que je préfère… Il existe des moments au cours desquels tu te sens particulièrement créatif et avant même que tu comprennes quoi que ce soit, ton morceau est achevé. Ce fut une expérience qui m’a en tout cas extrait de ce monde...

Que doit-on attendre de Neu-Romancer à l’avenir ? Un autre format court ou la composition d’un premier album ?
Je travaille actuellement sur un autre projet configuré pour le live et qui devrait voir le jour très prochainement. Je collabore aussi avec un certain nombre d’artistes qui ont beaucoup influencé ma vie, même si je ne peux pas vraiment dévoiler de noms pour le moment (rires)… Mais c’est un véritable honneur de travailler avec eux car j’apprends beaucoup de ces collaborations en termes de production. L’idée est de parvenir à mettre en place la musique que j’ai véritablement envie de jouer.

On voit bien que les politiques se durcissent, en Europe comme ailleurs, et cette réalité n’est jamais une bonne nouvelle… pour les femmes en particulier, d’autant que les tentations masculinistes n’ont jamais été aussi fortes. Ne penses-tu pas que les artistes femmes, quel que soit le genre musical, vont devoir très rapidement s’engager collectivement ou individuellement sur le plan politique, quand bien même ce n’était clairement pas envisagé au départ ?
C’est clair que nous allons devoir nous engager de plus en plus sur le plan politique, c’est difficile aujourd’hui de ne pas prendre parti et il devient effectivement de plus en plus compliqué pour nous d’œuvrer dans notre société actuelle.

Je crois savoir que tu enseignes en dehors de tes activités musicales. C’est également mon cas. Dans quelle mesure ces deux mondes interagissent-ils ? Ton art t’aide-t-il à appréhender ton métier d’enseignante et vice-versa ?

Cela fait un moment que je n’ai pas enseigné mais j’adorerais me replonger dans l’enseignement de la basse en l’occurrence. Je pense que mon énergie vient précisément de cette expérience qui nécessite d’être pleinement en phase avec tes étudiants que tu vois grandir et s’améliorer. Le fait d’être aussi attentif à ce qui les enthousiasme particulièrement, est très inspirant et en lien direct avec mes activités artistiques.

Dans l’histoire de la musique, quel est le morceau / la chanson que tu aurais aimé créer et pour quelles raisons ?
Les chansons que j’aime le plus ont été écrites au cours des années 60, 70, et celle que je préfère par-dessus tout est "The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore" reprise par The Walker Brothers en 1966 . Les changements d’accords dans le morceau, le concept sous-jacent, la manière dont la chanson se déploie en font l’une des chansons les plus belles. Si je pouvais ne serait-ce qu’avoir une once de ce pouvoir créatif, j’en serais naturellement heureuse.