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Ténèbres, puits sans fond. Obsküre plonge, fouine, investigue et remonte tout ce qu’il peut à la surface

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Interview
24/06/2026

NNHMN

"Tout brûle autour de nous, et c’est peut-être l’apanage des artistes de prédire ce genre de choses" (Lee Margot)

Genre : dark electro / synth music
Photographies : Keyi Studio
Posté par : Töny Leduc-Gugnalons

Dans le panel des formations darkwave calibrées pour le dancefloor, les Berlinois de NNHMN ont su s’imposer avec aisance depuis la parution en 2019 de Church Of No Return. Suivant le sillon déjà creusé par Boy Harsher, le duo formé par Lee Margot et Michal Laudarg déploie une musique sensuelle et sombre qui prend corps sur des rythmes relevés et quasi technoïdes. Leur présence, inespérée, au festival Shök Noir nous a permis de faire le point sur un parcours à ce jour irréprochable.

Obsküre : NNHMN. Jamais ce nom de groupe n’a été aussi pertinent… Il va sans dire que le chaos ambiant qui règne à travers le monde doit être une source d’inspiration providentielle pour les artistes… À quel point les incertitudes politiques, sociales et économiques influencent-elles votre musique ?
Lee Margot : Il y a quatre ans, j’ai écrit une sorte de prophétie qui anticipait exactement ce qui se passe aujourd’hui avec ces conflits et ces guerres qui se déclarent à chaque nouveau mois qui commence. Tout brûle autour de nous et c’est peut-être l’apanage des artistes, aidés par leur sensibilité accrue, de prédire ce genre de choses.
Michal Laudarg : Peut-être notre rôle en qualité d’artiste est-il, à travers nos morceaux, d’apporter un peu de soulagement aux gens et de les amener à oublier un instant ce quotidien pesant.

Votre premier projet s’appelait Non-Human Persons… Si on part du principe que cette appellation vous caractérise, seriez-vous tentés de dire que la part d’humanité de votre projet incombe paradoxalement aux machines que vous utilisez ?
Lee Margot : Non, l’origine du nom est bien différente puisque cette dernière est directement associée aux éléphants et aux dauphins (rires).
Michal Laudarg : En vivant auprès des animaux ou de n’importe quelle autre créature en fait, tu peux être amené à appréhender et comprendre leur personnalité, ce qui fait d’eux des personnes non-humaines… En Inde, par exemple, il existe une loi qui donne aux éléphants et aux dauphins ce statut de "personne non-humaine"… Ces animaux ne sont pas des humains mais leur personnalité développe suffisamment de caractéristiques cognitives complexes pour les considérer comme des personnes qui doivent être respectées en tant que telles… C’est une idée que nous aimons particulièrement et qui a donc donné son nom au projet.
Lee Margot : Tu nous as demandé comment la situation politique actuelle façonnait notre son, eh bien cette idée ne façonne peut-être pas notre son mais notre approche philosophique du projet… Si les notions relatives à l’humanité sont récemment devenues très merdiques, au regard de l’Histoire, nous nous rendons compte que ce n’était clairement pas mieux avant, raison pour laquelle il est sans doute préférable d’être aujourd’hui une "personne non-humaine".

Vous êtes originaires de Pologne et si vous vivez actuellement à Berlin, j’imagine que vous demeurez attentifs à ce qu’il se passe dans votre pays natal. On sait que la Pologne fait partie de ces pays qui ont vraiment durci leur politique générale. Quel est l’état de la scène underground là-bas et pensez-vous que NNHMN aurait sonné différemment si vous y étiez restés ?
Michal Laudarg : En fait, nous ne suivons pas tant que ça l’évolution de la scène underground polonaise. Je constate pourtant que notre scène se développe et nous y avons d’ailleurs joué à plusieurs occasions, notamment au cours du Castle Party Festival qui a lieu chaque année à Bolkòw mais, pour être honnête, nous n’en savons pas plus sur l’état de la scène underground là-bas… En ce qui concerne le lien qui pourrait exister entre notre son et notre ancrage géographique, il est clair que Berlin a complètement révolutionné notre approche des choses. Cette ville propose un tel panel de spectacles, tous genres confondus, qu’elle nous apparaît encore aujourd’hui comme la capitale de la culture underground… Naturellement, cela a modifié notre approche de la musique et de notre son… C’est la musique et rien d’autre qui a motivé notre volonté de nous installer à Berlin pour les années à venir.

Comment abordez-vous la création de vos morceaux ? Existe-t-il une "formule NNHMN" ?
Lee Margot : Toute la matière émerge d’un processus d’improvisation totale. Nous essayons ensuite de trouver les meilleures boucles sonores, les meilleures basses et le son de synthé qui va coller au mieux avec l’idée de départ que nous tentons de développer. Je marmonne enfin un air qui puisse convenir afin que l’ensemble prenne forme.
Michal Laudarg : Oui, chaque morceau se construit petit à petit, élément après élément, mais ça peut partir d’une boucle, un kick, une mélodie, de n’importe quoi en fait…
Lee Margot : Parfois, même si c’est plus rare, le morceau prend sa forme définitive en quarante minutes ou deux heures de temps. Ces moments sont magiques et extatiques…
Michal Laudarg : Mais ces morceaux présentent souvent différentes versions car il faut pouvoir sortir de ces moments de grâce et réfléchir à la manière d’amener le morceau vers un plus haut degré de perfection.

Lee, tu étais à l’origine une comédienne de théâtre… Dans quelle mesure cet amour pour le théâtre a-t-il trouvé une place au sein de NNHMN ? Est-ce que vos prestations scéniques sont justement l’occasion pour toi de parer vos performances d’une certaine théâtralité ?
Lee Margot : Je pense que c’est le cas. La manière d’appréhender la scène est une chose à laquelle je réfléchis, naturellement… Le théâtre constitue une base de cette réflexion parce que je sollicite les compétences acquises lors des cours que j’ai suivis, la manière d’être et le sens que tu donnes à ta présence sur scène… Bien sûr, je ne suis pas Kate Bush (rires) mais il existe bien des interactions entre ma performance sur scène avec NNHMN et mon expérience de comédienne… Assez fréquemment, d’ailleurs, les journalistes décrivent nos performances comme une sorte d’"opéra techno".

NNHMN apparaît à la fois comme le prolongement naturel et une rupture par rapport à No Fear, l’unique album de Non-Human Persons… Qu’est-ce qui a motivé à l’époque le changement de nom ? Musicalement, vous auriez pu assumer la suite de vos productions sous cette même appellation…
Lee Margot : Notre arrivée à Berlin avait des allures de renaissance, ce qui a pu motiver ce changement de nom… Disons que la découverte de cette ville a engendré un excès d’informations : différentes scènes, différents genres, différentes fêtes…
Michal Laudarg : Comparé à Varsovie, d’où nous venions, et où les concerts rassemblaient cinquante personnes, à Berlin c’était tout de suite 100, 150 spectateurs. Tout semble s’y épanouir. Il y a tant de fêtes et d’artistes que nous voulions voir, on a fini par devenir fous ! Nous avons dû arrêter de faire de la musique pour nous investir dans différents projets, et nous avons fait une nouvelle pause avant de créer finalement NNHMN.

"Shadow in the Dark" et "For the Comfort of your Exstazy" présentent une dimension ouvertement sensuelle, pour ne pas dire sexuelle… Vous semblez flirter parfois allègrement avec l’univers fétichiste comme sur le titre "Omen"… Quel lien établissez-vous entre la musique en général – et la vôtre en particulier – et le sexe ?
Lee Margot : L’énergie sexuelle est le fondement de la vie. La musique, quant à elle, a toujours été directement liée à la religion et à cette énergie sexuelle… La musique sacrée des temps anciens a ensuite laissé place à quelque chose de plus festif et dansant de mon point de vue...
Michal Laudarg : Cette dimension festive existait pourtant déjà dans les tribus primitives et la sexualité y était partie prenante… mais, une chose est sûre, notre musique n’a rien de sacré !

Quel titre de votre répertoire symbolise avec le plus de conviction l’identité musicale de NNHMN ?
Lee Margot : Malheureusement, ce titre n’a pas encore vu le jour (rires). J’en profite d’ailleurs pour dire que nous allons jouer quelques titres inédits pour la première fois ce soir.
Michal Laudarg : Chaque morceau que nous avons composé présente une part de cette intimité qui existe entre nous et notre musique. Il est donc impossible de répondre à cette question. Tous nos morceaux répondent d’une certaine manière à cette caractéristique, à cette part de nous-mêmes.