Le vent souffle, s’étale sur la lande glacée… Une douce torpeur nous saisit. Affronter l’indicible demande du courage, une détermination qui malheureusement faiblit pas à pas face à l’immensité de l’Arctique. Comme une célébration du dénuement et de l’absurdité de toute quête humaine, cet album split convoque autant les anges que les démons. Pas de répit pour les braves ! On s’insurge en silence, brisés par le froid, la déliquescence d’un monde en proie au chagrin et sans pitié. D’un côté, Obsolitas, sombre incarnation issu de The Ashen Codex, battant le pavé du dungeon synth depuis l’an dernier. De l’autre, Arandul, un inconnu total, originaire semble-t-il de Porto Rico (étonnant, non ?). Ils s’alimentent, avec trois titres chacun, sur une ligne farouchement désespérée, où la lumière disparaît au fil de leurs imprécations.
Car l’opus se divise aisément. Le premier artiste diffuse allègrement une forme classique de winter synth, entourée par une aura dark ambient du meilleur effet. Obsolitas impose un style traditionnel, sans coup férir. Derrière ses synthés, il nous entraîne dans une spirale contemplative, où toutes les nuances de blanc sont acceptées. Les morceaux flottent, insensibles au changement, avec toujours une trame mélodique constituée de notes minimalistes. Les phrases se mêlent et se superposent, dans une danse (macabre) harmonieuse, lorgnant du côté de Burzum (forcément…), le temps de "Whispering Gale". Sainte trinité… La suite déçoit. Ainsi, "The silent Cairn" se perd dans la fantasy, avec une profondeur martiale et épique, qui détruit un instant le sobre équilibre d’avant. Erreur de jeunesse…
Arandul manie le gourdin. Sûr de son fait, il provoque des émotions contrastées. Pourfendeur de la tiédeur, il assassine nos certitudes et notre confortable engourdissement. Ça démarre très fort : les modulations de drones sont particulièrement perverses. L’effroi nous étreint, le son étrangle notre âme. Ici, nos cris restent silencieux… Quelques variations sauvent l’honneur, mais trop tard, la faible lueur d’humanité restante s’étiole… Le reste est mieux accordé. L’hiver est là, plus puissant que jamais, mais permet le rêve. Une évasion céleste au parfum d’un autre temps s’entend sur "Vinterens Mørke". La répétition offre une transe bienvenue, malgré la menace d’une dissonance vicieuse. Tiens bon l’ami ! Enfin, nous pouvons respirer ! "Our cold Temptress" se distingue par son élégance dépouillée, rejoignant stylistiquement Foglord.
Freezing Realms séduit, déroute, enivre. Fruit d’une maturation élégiaque, ce disque, paru en format cassette chez Fiadh Productions, est plutôt remarquable. Pas de fausse note réelle, juste quelques expérimentations mal assumée par moments, sinon, l’ensemble tient d’un seul bloc (tel un iceberg ?). Les musiciens ont une marque de fabrique bien à eux et se complètent judicieusement. L’auditeur plane et se fige, incertain de la clémence ou non des éléments. Une collection réjouissante, portée qui plus est, par une pochette en noir et blanc typique du genre, reproduisant un tableau de l’explorateur polaire Edward Adrian Wilson. Suivons notre instinct pour l’avenir et savourons ces plaisirs simples où la quiétude affronte la noirceur. Une mixture qui laisse décidément un goût assez suave, finalement.