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Album
09/10/2021

Oi Boys

S/T

Label : Les Disques de la Face Cachée / Dans Le Vide / Maloka / Hidden Bay / Kanal Hysterik / Amour Entre Chien & Loup
Genre : cold punk
Date de sortie : 2021/09/18
Note : 78%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

La sortie est étonnante. De Metz la noire, on connaissait les projets associés à la Grande Triple Alliance De l'Est dont ce nouveau nom ne semble pas l'un des fils légitimes. Il faudra plutôt fouiner du côté du disquaire et soutien local La Face Cachée et ausculter les line-ups de Loth, Vodoo Clan, TSI et Divojugend ou encore vadrouiller dans les bars et écouter les bruissements de la rue... Tant mieux, la généalogie des bas-fonds ajoute parfois de l'abject là où la coupe est pleine. Oi Boys aurait comme père et mère Camera Silens et Noir Boy George, Bérurier Noir et Trisomie 21.

C'est viscéral dans cette voix rauque qui éructe sur presque tout l'album ; sans souffle si ce n'est celui des fumeurs picoleurs avant l'heure. Punk "à l'ancienne" (le complément du nom revient comme un leitmotiv), ce dont témoigne le patronyme choisi par les deux compères Matthieu et Valentin (mais quatre sur scène).

La basse est ronde, avec de la distorsion. Les titres sont courts, cabossés sur leur fin. Les harmoniques rares sonnent d'autant plus fortement. Le clavier typé cold colore de ce givre couleur morve que les traînards zonards connaissent bien. Les paroles sont noires, mais la vigueur des vers, leur scansion saccadée donne dans la poésie du pire et les slogans bravaches qu'on assène quand on a vingt ans mais qu'on se sent déjà vieux et revenu de tout. Le propos est adressé à la deuxième personne, accusateur, humiliant parfois et pourtant terriblement vrai car il émane d'une sorte de grand frère rescapé de pléthore d'emmerdes.

Lorsque tonne le tubesque "Sur la Place", on se dit que le groupe a été malin. Il aurait été évident de jouer quinze titres de cet acabit, boîte à rythmes en suffocation et guitare aux riffs rachitiques qui claquent en laissant la place à la basse. Oi Boys (sans tréma) ont préféré montrer différentes facettes, s'éloigner des clichés trop faciles et se risquer à varier les approches. On appréciera la lenteur mesurée de "Mon dernier Dieu", la volonté harmonique du chant sur fond synthétique et le passage au sample industriel durant "Les Réverbères", l'extrême concision de "200 km/h" (second tube intraitable de ce disque) à la belle guitare drapée d'échos. "Le Film est mauvais" se tient sur le fil de cette formule de cold-punk (plus que de punk-cold, la nuance est légère) en habillant sa composition de passages hérités du post-punk, telle cette basse légèrement dub.

Certes, il y a encore de l'imprécision, des moments moins forts émotionnellement, des hésitations. On a besoin aussi de voir comment le projet va positionner ces univers sur une scène, notamment pour ses passages plus industriels et samplés. Nul doute que ce sont ces moments où le groupe baisse la garde, tente de s'échapper de lui-même, qui feront sa force dans les mois qui viennent en lui offrant la singularité et l'honnêteté.

Tracklist
  • 01. La Liste
  • 02. Déjà Reine
  • 03. Tes mortes Idoles
  • 04. Sur la Place
  • 05. Mon dernier Dieu
  • 06. Dernière Tournée
  • 07. Les Réverbères
  • 08. 200km/h
  • 09. Jack Palance
  • 10. Le Film est mauvais
  • 11. Mourir accompagné de Rien