Huit ans après Architextures (oui, huit, et n’allez pas les traiter de procrastineurs : le fondateur Manuel Costa passe sa vie en studio, sauf lorsqu’il réalise que le frigo est vide ou que, ah oui, il faut aller au boulot, c’est vrai), le binôme historique est de retour, entouré par les proches : le fidèle Alex Morlay (une quinzaine d’années aux fûts, ça commence à taper), Emmanuel Lajudie (nouveau batteur, grande expérience – le CV parle pour celui qui fait plus que tenir de son père, batteur jazz émérite, un certain Jean-Marc), Mangane Ousseynou (chant et instrumentations complémentaires, homme de la grâce) et ce Michel Laporte apparu plus récemment dans le champ (gorge de blues et de rocaille présente sur "Gospel Song").
Olen’k est un peu comme une entreprise familiale en recomposition permanente : il y a ceux qui restent longtemps, ceux qui partent mais qui reviennent, ceux qui sont partis mais que vous gardez au cœur. D’ailleurs, Manuel parle-lui-même d’une atmosphère familiale à propos de la confection de Moths : un disque où notre homme fait toutefois office – et c’est la réalité, depuis fort longtemps, du processus artistique chez Olen’k – de premier maître d’œuvre. Oui, Costa passe des plombes en studio, c’est un obsessionnel, la musique est comme une seconde nature. Entrez dans le studio par surprise et vous le sortez de son monde, Elise Montastier-Costa (chant) en sait quelque chose.
Les pérégrinations de l’âme se retrouvent dans Moths : un disque au gré duquel le groupe ambitionne de fabriquer le son par lui-même, après plusieurs aventures studio soutenues par l’homme d’expérience Rémy Pelleschi (Mlada Fronta). Pelleschi, précautionneux accompagnateur de cette évolution à pas distanciés, un orfèvre. Mais de chenille à papillon, c’est un peu ça 2026 : Olen’k voulait aujourd’hui savoir à quoi ressemblerait un son qu’il dirigerait entièrement, et qui s’extrairait de la synthèse dominante. Ce son, il le couche aujourd’hui avec l’assistance de Christophe "Toto" Marraud (Sonic Studio), âme elle aussi précautionneuse et que connaissent bien moult musiciens de Centre-France et d’ailleurs.
Moths présente Olen’k dans toute la diversité de son art. Ce sont eux, plus que jamais. Plus proches cette fois, sans doute, de la vibration de leur son live : le groupe valorise sa part organique, mais l’essentiel du style demeure. Une minutie du climat, un verbe suggestif et de sentiment, et ce chaud/froid : sous le vernis de la synthèse, il y a la charge émotionnelle. La voix d’Elise, ses volutes sensibles, contribuent fortement à la marque du groupe, entretenue par cette vision hybride déployée par Manuel depuis les origines : une rencontre entre les sons du monde et la technologie, pour des vibrations sans réelle frontière, un nomadisme ("Psyche", deux tranches accolées, world music et dance music). La coldwave et les musiques déprimées des années 1980 n'en demeurent pas moins dans l’ADN, et imprègnent un ensemble aux dynamiques subtiles. 

Il faut une entrée forte. L’ouverture, "Reformation", pose un puissant décorum : tonalités intimes avant le surgissement, plus que l’explosion, de ces basses froides et aériennes qui vous saisissent et ne lâcheront rien. En découvrir la réalité live sera une expérience. Elle nous tarde, ce qui vaut pour tout le reste du cru 2026 : "Partition" et son hypnotique marche (une basse linéaire et froide s’installe là), "Vertigo" et sa flamme d’amour (les mots originels sont de feu le proche Laurent Samie), le clair-obscur du titre éponyme, la grâce de "Thorn" (où Mangane fait des miracles). Et tout du long de Moths, le chant d’Elise reste de chair et de précision. Du ventre vient tout ce que l’âme transporte, tout ce qu’il a fallu affronter, accepter, surmonter – mais Elise canalise. Il y a du métier.
Organique, Moths l’est tout en contenant une forme de puissance. Un lustre demeure, et la masterisation de David Mascunan - homme de stydio connu pour sa patine - n’y est sans doute pas pour rien. Tout se termine dans un son de coton et cristal (l’instrumental [bonus] "Enola", quasi-conclusion parfaite). C'est à l'économie, Olen’k n’étale pas : ses pastels et ses huiles forment des petits concentrés qui, ajoutés les uns aux autres, forment une toile sensible : une œuvre nourrie par la vie des autres, par ce qui leur arrive, ce contre quoi ils ne peuvent rien ("The Maze"). De cette musique jaillit, enfin, le reflet des symboles et mythes anciens sur la vie de ceux qui ont fabriqué ce son. Les papillons de nuit, ceux auxquels Elise a rapporté cette collection d’écritures, jaillissent toujours à cette lumière qui les extrait de leur nuit sans fin. Nous passons notre vie à espérer que se produise la transcendance, cette surprise qui nous happe et se consume en une microseconde. Ce qui brille est le souvenir du rêve. ǂ
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Moths est dédié à Jean-Pierre Raillat (Enigma) et Laurent Samie.
Le (magnifique) travail visuel est signé Lionel Londeix.
Concert de présentation de Moths le vendredi 09/10/2026 au CCM John Lennon (Limoges, 87).