Digital Media / Dark Music Kultüre & more

Chroniques

Musiques, films, livres, BD, culture… Obsküre vous emmène dans leurs entrailles

Image de présentation
Album
09/02/2026

Puscifer

Normal Isn't

Label : Puscifer Entertainment / Alchemy Recordings / BMG
Genre : experimental rock / punk / electro-gothic
Date de sortie : 2025/02/06
Photographie : Travis Shinn
Note : 75%
Posté par : Emmanuël Hennequin

Depuis son émergence, Maynard J. Keenan n’a rien entendu faire d’autre de Puscifer qu’un art de l’imprévisibilité. Si le projet a évolué dans des sphères plus ouvertement machinistes que Tool, asseyant un son moins organique (ce qui s’est senti très fort sur Existential Reckoning, en 2020), le groupe dont Keenan forme le noyau créatif avec Carina Round et Mat Mitchell se dirige vers des formes plus hybridées avec Normal Isn’t.

Présenté comme un disque connecté aux racines gothiques et punk de Maynard, Normal Isn’t est dans une prolongation du fond : le propos est moins direct que celui d’A Perfect Circle et, un cran en-dessous, Tool. Mais une puissance hypnotique, tout aussi insidieuse que par le passé, fait encore son œuvre et se veut plus directe, à l’instar de ce que vous réservent des choses comme "Bad Wolf". Plus organique, disons-le.

L’organicité ne gouverne pas l’ensemble uniformément mais marque son territoire et prend le pas sur les sources "non humaines" le temps de certains exposés : "Self Evident", "Public Stoning", "The quiet Parts". La part d’humanité de Puscifer surgit alors, presque surprenante. Comme si nous ne l’espérions plus, à l’heure où Keenan rappelle que toute l’histoire du projet passe par l’exploration sonore. Une exploration cette fois moins hermétique qu’elle n’a pu l’être par le passé ("The quiet Parts"), et au gré de laquelle Carina Round exprime un talent peu commun de gymnaste vocale (de la récente expression de Mat face à Kerrang!).

Maynard et ses amis se sont entourés pour parfaire Normal Isn’t : les noms comptent Greg Edwards (de Failure, à la basse), Gunnar Olsen et Sarah Jones (de Bloc Party, à la batterie), mais aussi des invités tels que – excusez du peu – Tony Levin (de King Crimson – à la basse pardi !, sur "Normal isn’t" et "Seven One"), Danny Carey (de Tool, à la batterie sur le même "Seven One") et Ian Ross, le père d’Atticus Ross (de N.I.N. – ici en mode narratif sur – encore – "Seven One"). Les invités mettent leur grain de sel mais malgré ces explosions et accroissement de la part d’organicité ("Public Stoning", "Mantastic"), Puscifer reste maître dans l'art du brouillard qu'il a fait sien depuis le début : le travail sur l’harmonie, les suites d’accords, est nimbé de cette étrangeté typique, celle qui barre la route à toute appropriation pleine et entière ; et à l’instar d’un Tool, vous gardez face à cette musique ce sempiternel sentiment que quelque chose vous échappe, qu’il sera difficile de vous faire sentir vôtre cette matière sonore, à l’instar de ce corps que vous ne pourrez jamais "posséder", simplement parce que la nature s’y oppose.

Normal Isn’t ressemble à Puscifer : c’est une créature mystérieuse, peu saisissable. C’est un son de l’ambiguïté, cette zone grise que vous prenez pour attrait ou qui cause votre malaise, votre détachement. La nuance est à l’évidence au cœur de ce que veut faire un collectif dont le frontman a dit son allergie aux pensées trop catégoriques, réductrices. Rien d’étonnant, alors, à ce que les âmes conquérantes gardent Puscifer, ce nom, près du cœur, quand les autres se lasseront peut-être de devoir revenir au charbon pour qu’enfin frémisse quelque désir. Mais les temps changent – et regardez la bête. Ne vous fait-elle pas de l’œil d'une manière inhabituelle ? Les choses s’ouvrent, pour peu que vous vouliez bien les voir. La vérité, nous glisse "ImpetuoUs", est le fruit d’un travail personnel.

Tracklist
  • 01. Thrust
  • 02. Normal isn't
  • 03. Bad Wolf
  • 04. Self Evident
  • 05. Public Stoning
  • 06. The quiet Parts
  • 07. Mantastic
  • 08. Pendulum
  • 09. ImpetuoUs
  • 10. Seven One
  • 11. The Algorithm (Sessanta Live Mix)