Of The Want Infinite : le premier album, nous sommes en 1994. Le projet de Boston, sur lequel a glosé le monde (jamais d’interviews, des apparitions qui marquent sur scène) est né en 1985 et prend dans sa forme révélée la forme d'un quatuor. Il est formé par les ex-époux Hammer, aujourd’hui Lisa Stockton-Wilson (chant) et Eric toujours Hammer (guitare seulement, officiellement, à l’époque), avec à leurs côtés le regretté Chris Walsh à la basse (Judith) et le batteur Javier Madariaga (Reagan Youth). Les deux premiers sont les protagonistes principaux des projets Order Of The NCS et du recommandable Mors Syphilitica (trois albums)
Le nouveau format long de Requiem In White, aujourd’hui incarné par les ex-époux, sort 31 ans après Of The Want Infinite. Le groupe et son nom bénéficient aujourd’hui encore d’un très haut succès d’estime, il a une aura. The Circle Music a préparé le terrain en sortant il y a quelques mois une anthologie intitulée Hymnal of Remembrance (premier album, plus démos et titres sortis séparément). Dans l’histoire, cette sortie est présentée comme déclencheur de la renaissance.
The Visible Heaven, aujourd’hui, marque la résurrection de l’acte créatif. C’est un Requiem In White familier, dont la production s’est polie et raffinée, mais qui donne le sentiment d’avoir, au fond, peu changé depuis ses débuts. Comme s’il ne s’était écoulé que quelques années entre ces deux magnum opuses – car oui, The Visible Heaven a cette envergure qui nous fait dire que même si les époques ne sont pas les mêmes, la puissance de l’écriture et du style originel se retrouve dans ce second chapitre. En tout état de cause, les adeptes ayant conservé mémoire seront tout sauf dépaysés à la découverte de ces nouveaux paysages sonores. Des formes opératiques, nébuleuses et toujours animées par l’esprit death rock et tortueux des guitares de Doc Hammer, qui assure ici l’ensemble des instrumentations. Le choix de propulser "Reckless in Misery" en single inaugural est tout sauf anodin : RIW ne trompe pas sur la marchandise, et vous sentirez la puissance des origines à l’écoute, entre autres, de l’ouverture assurée par le titre éponyme, mais aussi de beautés comme "Cold or Divine" ou "Suffer and sleep".

C’est un bloc de son qui peut se targuer de la même cohésion, la même puissance romantique que celle de 1994. C’est un gothique américain. Si le premier opus garde cette singularité de statut (le culte ne se décrète pas, il est ressenti), force est de reconnaître que la production et la finition de The Visible Heaven aux studios Goat Of Brass (NYC) atteignent un niveau supérieur à celui de 1994, ce qui était le but avoué de la manœuvre. Hammer y aspirait. Dès lors, l’attachement des adeptes aux compositions "des premiers temps" n’empêchera pas le cru nouveau de faire son chemin vers les cœurs des fans. La voix de Lisa a gardé cette couleur unique, opératique et exploratrice du drame intérieur. Elle contribue fortement au spectacle, au bout de sessions que la chanteuse qualifie elle-même de "difficiles". La production choisit de lui faire opérer des doublages, décuplant la puissance harmonique et renforçant l’enveloppe du groupe : un choix adapté à une musique aux vibrations aussi opératiques telle que celle-ci. Les instrumentations signées Eric Hammer, quant à elles, réexplorent le death rock en acidité et pesanteur duquel se distancia progressivement, sans l’effacer, les deux derniers opus de Mors Syphilitica.
C’est un Requiem In White mis à jour mais des plus typé qui se fait jour avec The Visible Heaven, mais qui ne dit pas si une suite aura lieu. Au regard des substances mûries avec le temps, un espoir ne peut que se manifester en ce sens, d’autant plus après la déclaration finale faite par Lisa dans le communiqué officiel, remerciant The Circle Music d’avoir invité RIW, ces deux dernières années, à sortir ses albums, anciens et nouveaux. Nous choisissons, dans notre traduction de l'américain, de mettre les adjectifs qualificatifs finaux au pluriel.