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Image de présentation
Boxset
26/09/2026

Tarkovsky (OST)

Composed by Vyacheslav Ovchinnikov & Eduard Artemyev (OST)

Genre : soundtracks / orchestral / ambient synth music
Posté par : Emmanuël Hennequin

Cold Spring ne fait pas les choses à moitié. Certes, vous pouvez écouter en ligne (sur Bandcamp) l’ensemble de bandes originales composées par Vyacheslav Ovchinnikov et Eduard Artemyev, mais rien ne vaut la forme physique offerte à ce regroupement d’œuvres par le label archiviste britannique. Chaque bande originale y prend la forme un volume disque unique, quand bien même certains ne dépassent pas les vingt-cinq minutes. Chaque volume, dans le boxset, se présente dans un emballage cartonné soigné et reprenant des images du film auquel il se rapporte. Une série à laquelle s’additionnent des petits cartons de forme carrée double face semi-rigide, en forme de fiche signalétique pour chaque œuvre de cinéma et de composition musicale. Le soin ainsi apporté à la mise en forme du boxset est un élément non négligeable du plaisir à revisiter les œuvres.

Chaque disque ouvre une porte sur un film du réalisateur et écrivain disparu fin 1986, Andreï Tarkovsky : Ivan’s Childhood (1962), Andrei Roublev (1966), Solaris (1972), Mirror (1975), Stalker (1979). Si Ovchinnikov se permet des développements plus étendus (notamment sur la fameuse bande orchestrale de la référence phare, celle du renouveau soviétique, Ivan’s Childhood), la majorité des essais des deux compositeurs prend des formes ramassées, concentrées : une musique conservant ce millimétrisme de la séquence cinématographique, en prise directe avec l’exigence du montage et la vision du réalisateur.

Le registre de cordes et de vents fait sien par Ovchinnikov, aux reflets choraux (sensibles dès les premiers développements de la B.O. d’Andrei Roublev [le conséquent volume 2], mais une choralité capable aussi de formes plus tortueuses), s’inscrit dans un registre plus classique que moult développements "proto-dronesques" d’Eduard Artemyev. Cette ouverture stylistique est l’une des forces de fond du coffret. Chaque bande-son, à sa manière (et pour une partie d’entre elles nourries du machinisme de l’après-seconde guerre mondiale), est d’une grande suggestivité. Elles peuvent s’appréhender comme des œuvres à part entière, quand bien même vous ne connaîtriez pas (ou pas tous) les films. 

C’est une série de travaux immersifs, où une vibration plus figurative (Ovchinnikov) précède chronologiquement une ambition plus expérimentale et abstraite, chez Artemyev. Lorsque ce dernier avait été contacté par le réalisateur pour coucher la bande-son de Solaris, Tarkovsky – cité par Julia Shpinitskaya dans Deconstructing Andrei Tarkovsky’s Magic Realism : Sound Design and the Category of Irreal (2019) – lui avait dit : "Je n’ai pas besoin d’une musique de film ordinaire. Je ne la supporte pas et fais tout mon possible pour y échapper […] Rien que de l’ambiance, de l’organisation de sons et de bruits… Lisez le scénario, regardez les images du film et essayez de déterminer quelles séquences nécessitent de la musique. Ensuite, je vous dirai où je la juge vraiment nécessaire."

Cinq volumes : des œuvres libres, à l’image du tempérament d’un réalisateur ayant tôt dans son parcours pris ses distances avec le régime soviétique. Tarkovsky n’était pas vraiment de ceux que l’on canalise.