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Album
28/07/2026

The Memory Of Snow

Inside

Label : Meridian Noir
Genre : rock sombre / film psychologique
Date de sortie : 2026/06/26
Note : 80%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Un album attendu ; un album charnière pour son créateur. Albin Wagener a d'abord assuré une campagne promotionnelle de forte tenue : pas moins de trois EPs sont parus ces derniers mois, alors même qu'Obsidian Dust, l'album précédent ne datait que de l'année 2025. Se sont succédés en trois livraisons des titres qui figurent sur cet album, des reprises, des "faces B" de belle facture. Trois titres pour ces EP's : All the Things I Shouldn't Have Seen, A Man In Every Monster, To the North Sea. La montée en puissance était évidente, mais elle a un pendant : l'album, lui, attendait le bon moment pour sa sortie et Albin patientait. Pas facile de prévoir un teasing et ensuite de se frotter à cette attente : dévoiler enfin Inside.

C'est que cet album a demandé du temps pour jaillir. C'est d'abord un concept. Albin souhaitait saluer l'anniversaire du Outside de David Bowie ; sorti en 1995, c'est un disque qui portait l'Anglais vers un panorama plus américain (musique de Nine Inch Nails, films et série de David Lynch), tout en renouant avec Brian Eno.

Alors qu'on trouvait des accointances entre la musique de The Memory Of Snow et celle de Depeche Mode, l'album à venir allait rebattre les cartes, ouvrir des fenêtres, passer du format classique à des choses plus ardues. C'est un deuxième niveau d'exigence, avec des réussites immédiates : "All the Things I shouldn't have seen" aux guitares rocailleuses, et le délicat "Pandora" avec le doublement de la voix et la cornemuse. 

Un troisième niveau est plus personnel et double. Désormais, The Memory Of Snow et l'artiste Thalie Némésis ont choisi de s'associer en créant un label. Tous deux avaient sorti des titres au début des années 2000 avant une parenthèse assez longue. Ils reviennent, au départ chacun de leur côté, armés d'intentions et de projets concrets, et leur association leur permet sans doute de se mettre réciproquement la pression, d'élever le niveau et l'engagement. C'est très bien, pour nous les extérieurs, c'est professionnel pour eux, mais à côté des charges de la vie non-artistique, on peut imaginer comme je le fais la place que prend cette activité au-delà du créatif. De la difficulté de faire vivre son art et de se donner toutes les chances de trouver un public en assurant tous les rôles répartis sur au bas mot dix personnes. Et, alors que le processus créatif était en route, Albin s'est rendu compte que la composition de son disque lui échappait.

Pas au mauvais sens du terme, comprenons-nous : le disque s'est mis à le phagocyter, à se nourrir de lui, de ses pensées, de ses envies, de ses craintes et espoirs. De le dédoubler. D'un concept tenu à l'écart, Albin s'est retrouvé impliqué plus que ce qu'il pressentait. Les morceaux demandaient toujours plus de détails et avec ce souci, ils exigeaient une mise en place soignée ! Le résultat est là : l'intro de "She'll never see New York" combine les pistes multiples en un écrin impeccable et touchant. L'arrivée de la batterie vient se poser avec ses grésillements sur un titre déjà fort dans son entame. La voix, de plus en plus habile, habite "Patchwork Pathway to Hell" à la manière d'un Peter Murphy avec un groupe digne de ce nom. Sauf qu'Albin est seul.

C'est un disque long, de douze titres. Aux ambiances variées, avec des titres qui bifurquent, qui prennent leur temps, qui assurent un climat, une ambiance dans laquelle on se baigne. Il faut aller plus loin, plus loin encore, faire sonner les guitares en échos, reprendre la voix pour que tout soit naturel, au niveau, hanté ("Inside"). On avait senti la grâce atteinte par le chanteur sur sa voix, de plus en plus assurée et belle. "Noise in the Basement" est l'un des points forts de ces titres, la voix au premier plan, tandis que sur la pochette, la photographie d'un bâtiment de zone résidentielle, glaçante dans sa simplicité : un monstre derrière chaque homme... Alors le final se fait rock industriel sur « Into the Eyes of a Stranger ».

Il s'agit d'un album concept, centré autour de la figure d'un tueur qui sera tué à la toute fin par l'enquêteur (et la leçon partielle qui est donnée sonne héroïque sur "A Man in every Monster"). Le propos n'exclut pas les voisins qui n'ont rien vu venir et, pour une fois, n'occulte pas la victime.

Albin prend tout à tour chacune des voix, explorant les culpabilités, les cheminements, les émotions nobles et les bas instincts. Pas évident de se faire à la fois la mouche, l'araignée et l'entomologiste. Inside est ainsi "la toile" au double sens : celle de cette prédatrice / du prédateur et celle sur laquelle l'auditeur est invité à projeter ses images cinématographiques qui, n'en doutons pas, seront nombreuses.

Tracklist
  • 01. To the North Sea
  • 02. Inside
  • 03. All the Things I shouldn't have seen
  • 04. Noise in the Basement
  • 05. Such a nice Neighbour
  • 06. Pandora
  • 07. The Diner
  • 08. A Man in every Monster
  • 09. Justice has not enough Time for the Dead
  • 10. She'll never see New York
  • 11. Patchwork Pathway to Hell
  • 12. Into the Eyes of a Stranger