Quelle surprise ! Il m'a fallu attendre le refrain pour repérer que ce que j'entendais était une reprise de A-Ha. En effet, la noirceur, la lenteur employées dans les couplets confère au morceau original une sacralisation païenne impressionnante. C'est comme un rituel dans lequel Depeche Mode se recentrerait au-dessus d'un maëlstrom et accepterait de sombrer dans l'œil du tourbillon. Direction les abysses. Le refrain, lumineux, éclairci par une guitare légèrement folk, serait alors ce dernier trou d'air visible du bas de la colonne d'eau.
La partition bénéficie d'un traitement minutieux des sons : à l'expertise d'Albin Wagener se greffent les travaux réalisés entre temps avec Thalie Nemesis. On a donc une pertinence entre sons synthétiques et partitions jouées en prises directes. Les parties rythmiques sont denses sans prendre le pas, restant en retrait, créant elles aussi une brume et des gouttes vaporisées.
"Mississippi" se façonne dans un blues classique, à la manière encore de la bande Gahan / Gore. La comparaison s'impose mais ne retire rien au talent mélodique de ce titre, ni à sa mise en scène : la dissociation des voix au tournant des trois minutes est un sommet atteint. La relance en batterie avec la petite mélodie qui tourne en boucle fait aussi son effet. C'est propre, passionné, travaillé.
Y Front, Mesh, Paradise Lost et même Ulver avaient en leur temps saisi des bribes de l'œuvre de Depeche Mode. The Memory Of Snow parvient sans peine à coller au plus proche de l'original. Mais rapprochement n'est pas copie et les breaks, les évolutions d'un titre montrent des chemins autres à parcourir pour se singulariser : sur le mid-tempo southern gothic "Phaser", le dernier tiers se déploie et se teinte de colorations asiatiques pleine de promesses.
Enfin, "To the North Sea" qui donne son nom à l'EP et qui est donc le single (d'un quatrième album à venir en 2026), se fait plus sombre, plus hargneux. La voix se lance dans un phrasé plus cadencé, sur une ligne rythmique qui me fait penser aux vieux titres de The The, époque Soul Mining. Là est la voie qui se distingue, parfaitement mise en orbite par les titres qui l'accompagnent. Comme s'il fallait une reprise, un titre et demi "à la manière de", puis un décollage sur deux minutes et ce grand saut qu'on retrouvera sur l'album.
Cet EP est donc très chouette à écouter, alliant la surprise de cette reprise à une révélation sur le single (ça gueule en fond de piste !), mais avec des faces B qu'il faudra mieux négocier. Se détacher plus rapidement du modèle pour ne pas diluer sa propre âme. L'album annoncé s'appellera Inside et il était prévu pour 2025, comme pendant à l'album Outside de David Bowie ; ainsi la référence à Depeche Mode se fera certainement plus tremblotante, laissant place à un autre astre autour duquel The Memory Of Snow créera sa propre révolution (il est question d'un album concept avec chapitres, nous en reparlerons).