Digital Media / Dark Music Kultüre & more

Chroniques

Musiques, films, livres, BD, culture… Obsküre vous emmène dans leurs entrailles

Image de présentation
Album
18/09/2026

Theo Hakola

Goddamn My Humans

Labels : Wobbly Ashes Records / Infrastition / Meidosem Records
Genre : folk rock americana
Date de sortie : 2026/09/01
Note : 78%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Theo Hakola ne ralentit pas, jamais. Par curiosité, je suis allé fouiner il y a de cela quelques mois sa discographie pour voir ce que j'avais loupé. Pas trop de sorties, de quoi me maintenir à la page et j'ai les deux-tiers de ce qu'il fait depuis l'aube des années 1980. Je l'ai chroniqué en 2016 (I fry Mine in Butter) et en 2020 (Water Is Wet) pour Obsküre. J'ai aussi lu sa tentative d'autobiographie, Non Romanesque (offerte également à un pote).

Mais voilà, Theo va vite, très vite. Ses livres se sont multipliés, ses projets annexes pullulent. Et j'ai loupé Shalalalala en 2024, puis Truth And Common Decency en 2025. La promo, il s'en soucie peu. Certains labels le suivent sur cette mauvaise pente et ses sorties peuvent passer inaperçues. Theo, lui, il compose, enregistre, livre sa musique, tourne un peu et ça lui va comme ça.

Qui ça intéresse vraiment Theo Hakola, aujourd'hui ? Les vieux de la vieille vont encore nous dire qu'ils ont vu Orchestre Rouge et que Passion Fodder, c'était de la fureur à l'état pur. Les jeunes vont se demander pourquoi on les saoûle avec cette eau qui a tant coulé sous les ponts et qui est morte à Paris à une autre époque. Pourtant, la poignée qui le suit et dont j'essaie d'être avec plus de constance, se met ces pistes dans les oreilles et sourit béatement. Coincé par un passé prestigieux et un temps doré de succès, Theo ne s'est jamais endormi et ne s'est jamais laissé sombrer dans les regrets. Il lance encore ce qui est un grand album. Pas dans son entièreté, ça retombe un peu sur la fin. Mais enfin, lancez votre player, dans l'ordre, tel qu'il l'a conçu et écoutez...

L'accélération de "Tut-Tut", la mélodie et la voix qui virevolte, toujours aussi singulière, inimitable sur "Boom" : dès le premier passage, je suis époustouflé, Theo donne-t-il son meilleur album ? Le violon de Bénédicte sonne à la perfection, compagnon de longue date qui offre à Theo le contrepoint à sa prestation. Et puis, elle chante à son tour, et je crois bien que c'est la première fois. Bénédicte est la deuxième tête de "Theo Hakola" ©. Pour le chant, elle n'est pas seule : Bénédicte est au cœur d'un gang de femmes. Theo les a toujours aimées, les femmes, respectées, enviées pour leur force, surtout face aux porcs. Je ne ferai pas la liste de toutes ces artistes qui ont fait des featurings sur ses albums, c'est proprement ahurissant et fort sympathique.

Là, elles se mobilisent face à ces je-sais-tout qui ne savent rien. Et en plusieurs langues. Car Theo est un citoyen du monde, apte à parler de la politique internationale et de nos foutus problèmes de société. Un gars de gauche qui parle avec émotion, passion et références. D'ailleurs, après avoir vilipendé les femmes de droite pour leur supposée laideur (oui, il manie le troisième degré et la caricature), il attire l'attention sur un possible ticket démocrate aux USA avec la Sénatrice du Michigan. Allez, il prononce bien ses paroles, raconte avec délectation et Wikipedia est là pour vous donner quelques pistes.

Je le disais, je suis moins satisfait de la fin de l'album, la chanson à liste (il le reconnaît lui-même) qu'est "Bottle green Shoes" est trop mid-tempo et trop pleine d'instruments (alors que la basse et la batterie sonnent bien). "Labrador Blues" s'étire et laisse le verbiage d'une guitare prendre le pas. "Last Call" s'en tire mieux, avec un son plus rock sur un rythme lent encore, mais qui donne un équilibre intéressant. La piste de la basse se fait Virgin Prunes (période de "Never ending Story" sur le Hidden Live) et le climat avec sa guitare dans le lointain rejoint aussi certains des travaux de Nick Cave, une ambiance sourde et lumineuse se déploie. Pas un grand morceau, mais un bon moment, habité, comme en témoigne la voix qui se fait plus chargée d'émotions au fil des six minutes. Le final apporte une ouverture, avec une voix féminine sympathique (voir plus bas) et l'emploi particulier du dulcimer (un poil estompé au mixage après le premier tiers).

Dans les invités, je découvre Eugénie Alquezar, qui vient sur "You got Yourself a Savior", belles retrouvailles puisqu'Eugénie, dans l'autre siècle, faisait partie de Teen Machine (théâtre, musique, performances) et qu'elle a son propre parcours (cinéma et musique). J'aime ces liens qui se font "dans notre dos". Une autre pointure est là, discrète alors qu'elle rayonne : Brisa Roché, présente sur trois titres, dont "The Ballad of Pilar and Danny" où sa contribution est salutaire. C'est dire comme Theo fédère, sait captiver et léguer aux amis la musique et la joie d'en être.

Un joli disque pour cette célébration commune. Theo est vivant, il est temps de saluer son talent encore une fois en accueillant l'automne avec son onzième disque solo (auxquels il faut ajouter huit musiques de film). Trois labels se sont mobilisés, c'est gage de qualité.

Tracklist
  • 01. Tut-Tut
  • 02. Boom
  • 03. The Dunning-Kruger Effect
  • 04. You got Yourself a Savior
  • 05. Mallory McMorrow for President
  • 06. Bottle green Shoes
  • 07. Last Call
  • 08. Labrador Blues
  • 09. The Ballad of Pilar and Danny