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Album
09/02/2024

Tisiphone

Riot Puppets

Label : Icy Cold Records
Genre : exquisite corpse
Date de sortie : 2024/02/09
Photographie : Cléo Nikita Thomasson
Note : 78%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Deuxième album de Tisiphone que je chronique. C'est davantage un émerveillement. Alors que bon nombre de groupes revisitent à tour de bras les codes de genres établis, post-punk, gothique, cold wave, synth-pop, rock noir et autres, le trio Léo, Clara et Suzanne s'affranchit de toute référence tout en assurant une stabilité par son talent et sa capacité à transmettre. C'est hyper courageux car, à l'heure où le rock n'est plus la musique mise en avant sur nos ondes FM, se décaler ainsi face aux attentes sans s'appeler Björk (simple exemple) est un acte suicidaire sur le plan médiatique.

Qu'est-ce qui les pousse ? Un goût de la parole vraiment prononcée ("Force"), de la musique inspirée. La vérité de la création qui se gausse des tautologies et des artifices grossiers. Un sens de la bravoure et de la pochade cynique : faire ce qu'on veut puisque la musique est récréation.

Chanson, et rock, et expérimentations se cherchent, se taquinent pour faire crisser les réactions : c'est beau comme le premier album des Breeders, comme les Forguette Mi Note (j'y reviens encore), ou comme les frétillants Haine Brigade quand ils oubliaient d'être keupons. Ces instants où la musique s'échappe et vadrouille.  Et puis, un sursaut entre phrasé rap et chant féminin sur "Pendant 1000 Ans" (tiens, pourquoi pas une liaison avec Mansfield. TYA puisque je pense à "Une Danse de mauvais Goût" ?). Et, plus loin, un titre comme un single punky seconde vague en avance sur le mouvement riot grrrl ("Sound of his Voice") : les rythmiques synthétiques font mouche, couplées à une soudaine frappe humaine, les guitares acérées et rêches, la voix revancharde, le synthé et la basse si Suicide vs Gang Of Four. C'est distingué et rebelle, avec cette petite moue tragique qui fait fantasmer tous les copains et les copines de la classe quand le renégat riposte.

Sans donner dans les mêmes origines et les mêmes finalités, je distingue chez eux aujourd'hui cette folie esthétique alliée à une virtuosité technique que je découvrais chez Jessie Evan (mais si : The Vanishing, Autonervous...). C'est un soudain virage vers des rythmes caribéens et electro pour une musique inclassable qui tient la route, manifeste sa candeur et ses réussites en un seul mouvement libérateur ("Unknown Puppets"). On reconnaît des instruments, des couplages de boîte à rythme, des façons de placer la voix qui trouvent source dans la démesure gaillarde de ce qu'on appela un temps "batcave" : foin des époques, des genres, des codes puisque tout se mélangeait dans une extase féérique et festive.

Et puis on a ces sursauts, quand la malice devient dérangeante, méchante, hargneuse, colérique. Valse des sentiments qui se succèdent en une journée ; les compositions diront des états émotionnels pour élaborer une cérémonie entraînante ("Deep"). Le groupe s'amuse à se la jouer cabaret électronique pour un pastiche electro-post-punk second degré, mais qui fait mouche : la grâce d'un solo au synthé foutraque et tordu relance l'intérêt et oblige à ne pas tout prendre au pied de la lettre ("Area"). 

En fin de disque, Tisiphone surprendra encore en ralentissant le tempo : "Sick" place un synthé plus mélancolique, des plages cold-pop, des brumes qui scintillent dans le flou. Titre étonnant, différent, apaisé, presque. Et le disque se fermera ensuite sur du silence... ou presque, là encore.

Tracklist
  • 01. Force
  • 02. Deep
  • 03. Ranged
  • 04. Pendant 1000 Ans
  • 05. Smoked
  • 06. Area
  • 07. Sound of his Voice
  • 08. Sick
  • 09. Unknown Puppets
  • 10. Cloches