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Album
29/12/2025

Trait d'Union

'Il N'y A Pas D'Ailleurs

Label : Frozen Records
Genre : punk wave
Date de sortie : 2025/12/12
Note : 75%
Posté par : Sylvaïn Nicolino

Vous voulez du rock new wave, un peu cold (claviers et boîte à rythmes), un peu punk (rapidité, voix rageuse) ? Voici Trait d'Union. Petit son calé dans les enceintes sur les premiers titres de l'album (pas sur la suite, deux sessions distinctes ?), mixage en retrait (Chainsaw Recording) qui culmine sur "Il n'y a pas d'Ailleurs", où le chanteur semble à deux pièces de nous, mais avec toutes les pistes clairement identifiables. Il faut donc bien monter le son au départ et prendre un temps d'adaptation pour que les oreilles se fassent. Les détails qui font plaisir : des guitares aigrelettes, des nappes de synthés astucieuses qui dépassent la simple coloration grise en prenant la mélodie de temps en temps, un sens de la composition qui évite la facilité.

Ainsi les titres s'éloignent du couplet/refrain avec des créations conquérantes, qui ont rejeté les premières idées trop basiques ou qui les ont étoffées pour aller vers plus complexe et, par conséquent, plus singulier. Le projet oscille entre prises de tête dépressives, étreintes colériques et humour noir au troisième degré ("Je suis ceinture noire de chouinage").

Les ambiances hellektro de pacotille vont et viennent, associant décharges d'adrénaline et répulsif-vomitif : comment résister aux appels de "Lendemain Défaite", parfaite allégorie de la culpabilité associé à un trop plein de tout, un trop plein dégoût. Le final de l'album crée une apothéose de noirceur noisy alors que "Crever stérile" s'ouvrait sur des plages cold et s'achève en fin de compte sur une ligne claire et mélancolique.

L'énergie est férocement un point d'appui dans Trait d'Union : ça pulse pour éviter toute naïveté. Les paroles sont noires comme celles des Oi Boys ("Rêver d'Envol"). Le Toulousain propose un logo black metal, se revendique de la new wave (on n'a pas la même vision), pose en T-shirt Adidas et full-white tenue de ville. Il reprend pas pour de rire du Petula Clark, du Dalida et du Mylène Farmer (sur ce disque pour cette nouvelle reprise) ; surtout il ouvre son monde : depuis le premier LP et son EP, ils sont maintenant cinq sur scène. Ainsi, la version "Part 2" de "Il n'y a pas d'Ailleurs" vire au symphonique-punk-raclure, entre grandeur et beaucoup de décadence. Je ne connais pas le titre original de Mylène (pas forcément envie d'aller l'écouter non plus), mais le résultat ici a des allures de tube post-apocalyptique et dégénéré qui en font une belle carte d'entrée. Sur ce titre les sonorités laissent fuser des guitares metal hyper intéressantes alors que la plupart du temps on serait davantage dans une tonalité gothique, voire death rock.

Et, alors que le disque revendique l'ennui et les défaites, aucun risque pour l'auditeur qui sort de là rincé, trouvant la sortie, souhaitant y revenir, tout glorieux et captivé par un projet qui tient la route.

Tracklist
  • 01. Oiseau de Nuit
  • 02. Ni muet ni Menteur
  • 03. Rêver d'Envol
  • 04. Hélas
  • 05. Il n'y a pas d'Ailleurs (part 2)
  • 06. Il n'y a pas d'Ailleurs (Mylène Farmer)
  • 07. Lendemain Défaite
  • 08. Exil Chagrin
  • 09. Crever stérile (avec Matthias Jungbluth)