Considéré par moult commentateurs comme le film le plus violent et controversé de l’histoire, Salò Ou Les 120 Jours De Sodome (libre adaptation de l’œuvre du Marquis de Sade) forment le premier acte de sa Trilogie de la Mort, mais aussi l’épitaphe cinématographique de celui pour qui "scandaliser est un droit". "Être scandcalisé est un plaisir, le refus d'être scandalisé une attitude moraliste", posait Pasolini dans sa toute dernière entrevue avec Philippe Bouvard, diffusée à la fin du mois d'octobre 1975. Assassiné quelques jours plus tard, le 2 novembre, trois semaines avant le dévoilement du film au Festival de Paris (le 22), le réalisateur termina son parcours par un travail qui marque au fer rouge par les différents niveaux de violence qu’il déploie : une violence physique (actes de torture dans la quatrième partie du film), morale, sexuelle, sociale et historique (des notables libertins et fascistes asservissent et exploitent sexuellement un groupe d’adolescents au nord de l’Italie, à Salò).
Salò Ou Les 120 Jours De Sodome : ou lorsque les autres deviennent nos objets, dans notre négation de leur propre nature, de la nôtre. Nous ne referons pas aujourd’hui l’histoire ni l’opinion autour d’une œuvre aussi controversée (la libération sexuelle est-elle une tromperie ?) mais le geste de Cold Spring, à savoir rendre disponible la bande originale composée pour le film, porte en lui et comme toute oeuvre d'édition ou de réédition physique, un refus de l'oubli : faire en sorte que demeure une mémoire de l’art et du débat qui a pu nourrir une époque, pour mieux éclairer la manière dont nous nous positionnons dans le monde aujourd'hui.
Très peu de détails sont dévoilés par Cold Spring, tant concernant les conditions des enregistrements que l’identité des artistes impliqués dans ces confections. Leurs coutures sont belles. Même si des crédits peuvent être associés à certains fragments sonores du film (cherchez sur la toile et trouvez entre autres le nom du pianiste Arnaldo Graziosi, mais ausi un rôle de consultant rapporté à Ennio Morricone), ce mystère ne rend que plus attrayante l’écoute d’une collection d’orchestrations dont la calme suavité contraste singulièrement avec la violence du propos et des images du film. Par opposition et par contraste, le duvet de l’illustration sonore, aux vibrations classiques (Carl Orff, Chopin, Bach) et jazz, vient au soutien et décuple la puissance horrifique des images. Elle en contient l’horreur, la soutient mais ne la représente pas au premier degré de sa forme.
Pour autant, vous éloigne-t-elle d'elle tant que cela ? L'expérience auditive de la forme, non provocatrice, non expérimentale, ne projette nulle violence à l'esprit du non-connaisseur. Il reste alors au stade de l’imaginé. Le souffre des images se calfeutre pour l'heure dans la paix mélancolique des embruns de piano qui trament l’ensemble de la bande originale, et précède le malaise susceptible d'être provoqué chez ceux qui découvriront, par suite, l’œuvre finale du réalisateur. Les témoignages ne manquent pas.